Paul Smith

Paul Smith,
sortir des sentiers battus

Créateur d’un univers à l’optimisme bigarré, le couturier Paul Smith pose un regard curieux sur le monde. Chaque mois, il partage ici sa vision des choses. Aujourd’hui, une invitation à sortir des sentiers battus.

Dans mon métier, dans le monde de la mode et du design, être en prise avec la réalité est vital pour amorcer le bon tournant au bon moment, savoir quelle direction choisir pour ne pas pédaler dans le même couloir que tout le monde. Je l’ai appris, il y a de nombreuses années, lors d’une conférence d’Edward de Bono, l’inventeur de la «pensée latérale», une notion exprimée aujourd’hui en anglais par la formule «thinking outside the box» (sortir des sentiers battus).

Il a dit une chose que je n’ai jamais oubliée : «C’est votre métier qui vous change, et pas l’inverse.» C’est pourquoi, quand j’ai lancé ma première boutique, voilà près d’un demi-siècle, j’ouvrais uniquement le vendredi et le samedi. Le reste de la semaine, je travaillais pour les autres comme designer indépendant, afin de construire et consolider mon propre projet créatif. Si je ne l’avais pas fait, si j’avais laissé tomber ces missions, entièrement compté sur ma petite boutique et tout de suite pris le risque d’ouvrir six jours sur sept, je n’écrirais probablement pas ces mots en ce moment.

Cette façon de penser en sortant du cadre m’a été précieuse quand j’ai trouvé un emplacement sur Melrose Avenue, à l’époque où je projetais d’avoir un magasin à Los Angeles. L.A. s’étend sur près de 60 km, Melrose fait plus de 15 km de long, il fallait que l’on se débrouille pour attirer l’attention. Nous avons donc construit un grand hangar rectangulaire, peint en rose vif, une couleur qui claquait, magnifique contre le ciel bleu de la Californie du Sud. C’est mon admiration pour le regretté Luis Barragán, architecte mexicain qui a beaucoup joué de la couleur sur ses constructions, qui m’a inspiré cette idée. Aujourd’hui, il paraît que le magasin Paul Smith de Melrose Avenue est le bâtiment le plus instagrammé de Californie. Mission accomplie.

Sir Paul Smith rêvait d’autres podiums que ceux de la mode : adepte de la petite reine, il se voyait coureur cycliste, mais un accident en décida autrement. Présent aujourd’hui dans 70 pays, le styliste (né à Beeston en 1946) donne un ton – mais pas de leçons –, attentif à la devise «penser global, agir local».

© Paul Smith - Jean-Michel Tixier / Talkie Walkie

Recreat

Article suivant

Passés
composés