Mode

Stéphanie Anspach

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec une styliste, dont l’art du fil et des couleurs tricote des cocons de douceur.

À 10 ans, Stéphanie Anspach sait que le fil sera sa vie : elle veut sa marque de prêt-à-porter – qu’elle lance à 22 ans. Rien ne semble impressionner cette fille d’un peintre et d’une professeure d’histoire de l’art, initiée à la couture par sa grandmère, enseignante à La Cambre (école supérieure d’art et de design). Finalement, Stéphanie opte pour le tricot, plus intime que le tissu et, en 2014, vend sa première collection, des pulls tout blancs, en faisant du porte-à-porte dans les boutiques de Bruxelles – ses petites laines arrivent cet hiver à Paris chez Victoire et L&M Market. Un temps tricoteuse, elle sait quelles demandes sensées adresser aux ateliers – ceux qui à Anvers oeuvrent aussi pour Dries Van Noten. Donald Judd, Carl Andre, le Douanier Rousseau, Rothko ou ses amis artistes l’inspirent, elle qui n’écoute que du rap américain, sa mine d’énergie et de confiance. Attachée à une maille épurée et réconfortante, elle choisit fils et couleurs Loro Piana, trace le modèle à la main et établit sa fiche technique – seuls 20% de son temps sont dédiés à créer. Puis il faut attendre patiemment le prototype. Depuis dix ans, sa mère est conservatrice au musée Van Buuren d’Uccle. Stéphanie aime ce lieu atemporel au somptueux jardin. D’ailleurs si tout devait s’arrêter, elle se ferait maraîchère en pleine campagne, sans réseaux sociaux, suivant une nouvelle forme d’agriculture. Aujourd’hui, elle entame chaque matinée en nageant – une méditation échappatoire. Et pour se défouler, boxe hebdomadaire !

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… les bras de ceux que j’aime – mère, ami(e)s ou amoureux, selon le moment. C’est une bulle où rien ne peut m’arriver, un lieu paisible, réconfortant, protecteur. Toute petite déjà j’aimais être dans les bras, même si j’ignorais alors ce qu’était “le quotidien” d’une vie d’adulte, “l’extérieur”. Ces moments câlins sont blancs, sans rien autour, purs et légers.»

© Tine Claerhout - Valentin B. Giacobetti - Vincent Chenut - Lee Wei Swee

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