Nimes, arènes

ARCHI
RECONNUE

Au coeur de Nîmes, pierres des Arènes et drapé souple du musée de la Romanité jouent de leurs contrastes.
Nimes, arènes
Amphores italiques à vin (Ier s. av. JC) présentées le long d’un parcours allant du VIIe siècle avant notre ère jusqu’au Moyen Âge.
Nimes, arènes
Parmi les 5 000 pièces archéologiques, masques de théâtre en marbre et en terre (Ier s. ap. JC).

Urbaniste, designer et architecte. Distinguée pour ses bâtiments à la transparence ouverte sur la ville, Elizabeth de Portzamparc impose son style. Lumineux et audacieux. À l’image de sa dernière création, le musée de la Romanité, qui exhibe sa parure de verre au ras des arènes de Nîmes.

Vous avez fait votre vie en France, mais vous conservez un très bel accent. D’où vient-il ? 

Je suis née à Rio, non loin des plages de Copacabana et d’Ipanema. J’y ai débuté mes études de sociologie. Comme passe-temps je dessinais des luminaires et des meubles pour ma chambre et celle de ma sœur. Puis sont venues les années noires, la dictature militaire, l’engagement politique, la peur de l’arrestation et finalement la fuite en France. Depuis, je retourne évidemment très souvent au Brésil.

Comment êtes-vous devenue architecte ?

J’ai suivi en France des études de sociologie urbaine. Je voulais travailler auprès des habitants, étudier leurs usages. Je suis rentrée dans la profession par ce biais et cette préoccupation ne m’a plus quittée. Je demeure convaincue qu’il faut écouter ceux pour qui l’on construit les logements et les villes.

Vous portez un nom célèbre… N’est-ce pas difficile ?

En 1986 j’ai dessiné un bureau que j’avais baptisé 24 heures, car le soir je le transformais en coiffeuse. Il était exposé au Salon des artistes décorateurs et a rencontré un grand succès. Je voulais le signer de mon nom de jeune fille, mais l’exposant a placé un cartel indiquant Elizabeth de Portzamparc. C’était trop tard. Résultat, il m’a fallu faire mes preuves ! Et dans le monde de l’architecture, ce n’est déjà pas facile d’être une femme. On vous juge avec un certain dédain, on vous suspecte d’incompétence. Or je suis féministe. Alors j’ai dû lutter contre les préjugés. Quand j’ai rencontré Christian [de Portzamparc, son époux, ndlr], je voulais partir vivre aux États-Unis. Je suis restée en France et nous ne nous sommes plus quittés. Nous avons vécu un temps dans l’ancienne maison de Françoise Sagan dans le 14e arrondissement de Paris. J’ai ouvert la galerie d’art Mostra près du Centre Georges Pompidou, où je mettais en relation des architectes avec des artistes et des designers. En 1992, la crise m’a forcée à fermer boutique. J’ai recommencé à réaliser des aménagements d’appartements. C’est Jean-Marie Colombani, alors directeur du Monde, qui le premier nous a demandé de travailler ensemble, Christian et moi, sur le nouveau siège du quotidien, boulevard Blanqui. Depuis nous collaborons sur divers projets (le nouveau quartier de Massy par exemple qui est une très belle réussite), car nous partageons évidemment beaucoup de choses.

Qu’est-ce qui différencie votre architecture de celle de Christian ?

Je viens d’un pays moderne, le Brésil, marqué par la blancheur, la lumière, la simplicité des formes. Christian est plus Français, il a vécu dans des châteaux. Il aime la complexité. Nous sommes complémentaires. Je cherche toujours à diminuer les coûts en réduisant les quantités de matière, en simplifiant les formes afin d’investir ces sommes dans d’autres champs plus proches de ce que les usagers souhaitent. J’ai suivi cette voie dans l’aménagement du tramway de Bordeaux. De mes études de sociologie me restent la passion des usages et l’intérêt pour le développement durable. J’ai constitué un petit atelier au sein de l’agence qui explore ces voies.

Vous venez de signer l’architecture du musée de la Romanité à Nîmes. Comment avez-vous abordé ce projet ?

Ce fut une chance. J’adore Rome et j’ai toujours aimé Nîmes et sa région, le pont du Gard… Je souhaitais y bâtir un bâtiment clair qui ne soit pas un pastiche des arènes, qui ose la modernité. Nous avons créé une large voie intérieure et relié les divers emplacements sur lesquels se trouvent ou se trouvaient des vestiges de la ville antique.

De quoi êtes-vous le plus fière ?

D’avoir, dans un contexte souvent rude, su conserver ma spontanéité brésilienne, ma vivacité et ma franchise.

Musée de la romanité

16, bd des Arènes, Nîmes. Tél. +33 (0)4 48 21 02 10.

www.museedelaromanite.fr

Gladiateurs, héros du colisée

Exposition jusqu’au 24 septembre.

Agenda

GLADIATEURS, HÉROS DU COLISÉE

Exposition jusqu’au 24 septembre.

Pierre Deladonchamps, mode, vêtements

Article suivant

Pierre
Deladonchamps

&
son sac
à dos
gris foncé