Madagascar l’éden du parfumeur

Madagascar
l’éden du
parfumeur

S’il y a bien une terre qui serait comme la projection naturelle de l’orgue du parfumeur, c’est elle. L’île rouge offre toute la palette des délices à l’imaginaire de l’odeur-compositeur.

On sait de Madagascar l’odeur de la pluie tropicale sur le sol chaud, des masikita, fameuses brochettes de zébu mariné, et celle de sa mélancolie. Ce qu’on ignore, c’est qu’elle cache en son sein bien d’autres trésors olfactifs. À dix heures des côtes françaises, entre l’Afrique et l’Asie, cette île géante à l’histoire tourmentée est déjà un continent en soi. De la forêt luxuriante au nord au maquis aride et poussiéreux de l’Androy, on traverse en quelques heures de route tous les paysages et presque tous les climats. C’est sûrement la raison pour laquelle aucune autre terre au monde ne peut se prévaloir d’apporter des essences aussi variées et qualitatives à l’industrie du parfum. Ylang-ylang, vanille verte et vanille Bourbon, vétiver, gingembre bleu, géranium, girofle (feuille et clou), poivre rose et poivre noir, tagète et citronnelle… Rien que du grand cru ! Ça n’est pas un hasard si Kenzo a littéralement rendu hommage à ce terroir magnifique au travers d’un jus : 5:40 PM in Madagascar. Les plantes à parfum y sont si réputées qu’elles tournent la tête de tout nez y posant un pied, même en touriste. D’ailleurs, toutes les maisons de composition, multinationales qui formulent les parfums pour les marques de luxe, explorent les facettes de l’île depuis bien longtemps : Givaudan, Symrise, Robertet, IFF et Firmenich… «Prenez n’importe quel parfum du moment, vous y trouverez inévitablement un ingrédient puisé au cœur de ce territoire mosaïque», explique Dominique Roques, chef sourceur pour la société Firmenich. Il y a la vanille, véritable or de Mada (80% de la production mondiale, soit environ 2 000 tonnes de gousses par an), cultivée au nord-est, et qu’on retrouve dans Cierge de Lune d’Aedes de Venustas, Luna de Nina Ricci et dans toute la franchise Black Opium d’YSL. L’ylang-ylang bien sûr et son profil insulaire, tellement évocateur de voyage et d’exotisme, cultivé dans l’île de Nosy Be, sur le mont Passot, à l’extrême nord du pays. Sans oublier le poivre rose, issu de l’arbre Schinus molle, qui offre son parfum sucré-poivré à L’Insoumis de Lalique.

Mais il se pourrait bien que l’île n’ait pas encore révélé tous ses secrets. Stéphane Piquart, sourceur indépendant, aventurier des belles matières, y a déniché en décembre dernier, dans le massif encore vierge du Makay – formé de centaines de canyons inextricables –, le Canarium madagascariensis, variété d’élémi, et le masonjoany, qu’il qualifie lui-même de «santal malgache», aux troublantes notes aquatiques et irisées. Surprise : il y a découvert une belle plante tricolore aux notes jasminées joliment baptisée par les villageois malgaches «hier, aujourd’hui et demain», et qui entrera peut-être un jour, qui sait, dans la formule d’un grand parfum d’une maison de luxe.

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