Le groupe Aline sur la scène de l’Ubu.

Rennes
front
stage

Le groupe Aline sur la scène de l’Ubu.

La ville au soir de la fête de la Musique.

La ville au soir de la fête de la Musique.

Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé, aux commandes des Trans Musicales depuis 1979.

Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé, aux commandes des Trans Musicales depuis 1979.

Étienne Daho, enfant du pays et figure emblématique de la scène rennaise.

Étienne Daho, enfant du pays et figure emblématique de la scène rennaise.

Jean-Sylvain Le Gouic, membre de l’ex-duo locald’électro pop Juveniles.

Jean-Sylvain Le Gouic, membre de l’ex-duo locald’électro pop Juveniles.

Le centre d’art contemporain La Criée, installé dans l’ancienne criée aux poissons des halles.

Le centre d’art contemporain La Criée, installé dans l’ancienne criée aux poissons des halles.

Collages de l’artiste punk Patrice Poch représentant Marquis de Sade, un groupe culte des années 1980, dont le batteur pose ici avec son fils.

Collages de l’artiste punk Patrice Poch représentant Marquis de Sade, un groupe culte des années 1980, dont le batteur pose ici avec son fils.

Grosses caisses du bagad Cesson Sévigné, lors du spectacle No Land, créé par Olivier Mellano.

Grosses caisses du bagad Cesson Sévigné, lors du spectacle No Land, créé par Olivier Mellano.

Le caviste mélomane Olivier Cochard.

Le caviste mélomane Olivier Cochard.

Le Mondo Bizarro, qui programme, entre autres, métal et punk.

Le Mondo Bizarro, qui programme, entre autres, métal et punk.

Bart Van Peel, directeur artistique du collectif Captain Boomer, présent au festival Tombées de la nuit, 2016.

Bart Van Peel, directeur artistique du collectif Captain Boomer, présent au festival Tombées de la nuit, 2016.

Le rockeur breton Sonic Dominic.

Sur la promenade suspendue du Corso Italia, qui se termine au petit port de pêche de Boccadasse.

View from the Corso Italia, a raised promenade that ends at the little fishing port of Boccadasse.

Le compositeur Olivier Mellano et le chanteur Brendan Perry, réunis pour la création No Land, présentée aux Tombées de la Nuit 2016.

Le compositeur Olivier Mellano et le chanteur Brendan Perry, réunis pour la création No Land, présentée aux Tombées de la Nuit 2016.

Disquaire It’s Only, boutique phare de la ville.

Disquaire It’s Only, boutique phare de la ville.

Le chanteur Sonic Dominic sur la terrasse de l’hôtel.

Le chanteur Sonic Dominic sur la terrasse de l’hôtel.

La capitale bretonne s’embrase de riffs et d’accords syncopés dès septembre. Tout au long de l’année, des concerts en rafales, avec un pic lors des Trans Musicales. Tournée d’une cité taillée dans le rock, en compagnie d’un photographe qui fait vibrer la lumière, Richard Dumas.

Le lundi soir, le Rennais dort. Il récupère de sa tournée hebdomadaire des mille et un bars, et des mille et une nuits. Le jeudi, c’est soirée électro au 1988 Live Club, la boîte des jeunes qui dansent avec leur sac à dos ; c’est virée métal ou garage au Mondo Bizarro, le bar où les papys du rock refont en boucle l’exégèse de Marquis de Sade, le groupe phare rennais de la fin des années 1970. À Rennes, avec 66 000 étudiants sur une population de 210 000 habitants, on est papy à 40 ans. Mais on porte encore beau et le cuir et le souvenir des jours fiévreux où les tenants du rock sombre de Marquis de Sade chahutaient les adeptes de la pop en socquettes d’Étienne Daho, l’autre prodige local. Le samedi, c’est nuit techno ou hip-hop à l’Ubu, une salle culte où les Daft Punk ont joué en 1995 à visage découvert. Le dimanche, c’est soirée fantôme devant le musée des Beaux-Arts. Depuis mars, dès que le ciel vire au noir, le magicien Étienne Saglio sort de sa boîte à outils illusionniste une créature lumineuse qui erre comme une âme céleste au-dessus des têtes ébahies. Les autres soirs, il reste toujours de quoi noctambuler à Rennes : concerts au Bar’Hic ou au Jardin Moderne, danse au Triangle, théâtre au TNB, opéra place de la Mairie, à moins que l’événement n’ait lieu au Parlement de Bretagne. En juillet dernier, sur les marches de l’édifice, le compositeur Olivier Mellano a posé la voix cosmique de Brendan Perry, le chanteur de Dead Can Dance, sur un hybride de cornemuse et de guitare électrique, associant le bagad Cesson Sévigné (ensemble de musique traditionnelle bretonne) et le cold noise, détournant les codes celtiques pour nourrir un hymne antifrontières.

En faire tout un festival

De jour, Rennes a des dehors de ville de province. Quartier Saint-Michel, les maisons à colombages se serrent les coudes, tassées sur elles-mêmes comme de vieilles Bretonnes. Le jardin à la française du parc du Thabor accueille les poussettes de luxe à châssis confort et nacelle amovible. L’alignement des façades en tuffeau de la place du Parlement ne laisse présager aucun débordement. À première vue tout est d’équerre, mais il faut se méfier des faux airs assoupis. Rennes encaisse bien les turbulences. Les premiers à avoir pris le mors aux dents sont Hervé Bordier, Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé, les fondateurs des Trans Musicales, un festival de rock dont la notoriété repose depuis 1979 sur son radicalisme. Pas de stars à l’affiche, si ce n’est en devenir. C’est aux Trans que Daft Punk, Nirvana, Portishead, Lenny Kravitz, Björk ou plus récemment Stromae ont percé pour la première fois en France. Il y a trente-sept ans, on ne comptait pas plus de 20 concerts par an à Rennes, les Trans Musicales en constituaient l’unique festival. Aujourd’hui, la capitale bretonne est plus agitée qu’une Cocotte-Minute avec une programmation qui frôle la saturation : les festivals Maintenant (croisement de musiques électroniques et arts numériques), Mythos (arts de la parole), Stunfest (jeux vidéo), Yaouank (musiques actuelles bretonnes) ou encore Jazz à l’Ouest sont au coude-à-coude. La saison démarre en septembre et s’achève en mai, calquée sur le calendrier des étudiants, avec un rebond en juillet quand Les Tombées de la Nuit entrent en scène. Ce festival, tout aussi historique que les Trans Musicales, est centré sur des événements, des installations et des performances inattendues qui remettent chaque année la ville en jeu.

Flegme & fantaisie

Le 1er juillet dernier, un cachalot de 17 m de long s’est échoué sur les rives de la Vilaine, en plein cœur de Rennes. Un périmètre de sécurité a été instauré. Des équipes de scientifiques ont été mobilisées. Ouest-France a dépêché ses limiers. Claude Guinard, le directeur des Tombées assistait à la scène, hilare. Le cachalot, plus vrai que nature, était une fabulation en résine de la compagnie anversoise Captain Boomer. Son échouage marquait l’ouverture d’un festival qui n’en est pas à son premier coup de maître. En 2012, un abri a été installé sur le toit de la chambre des métiers, à 32 m de hauteur. Chaque jour, un Rennais s’est présenté au lever et au coucher du soleil pour veiller une heure trente durant sur sa cité. Sept cent vingt-neuf personnes se sont relayées pendant un an, preuve s’il en est que le local n’a pas le vertige.

En février dernier, c’est devant La Criée, le centre d’art contemporain, qu’une vigie a été installée. L’artiste Abraham Poincheval a vécu pendant sept jours sur une plate-forme d’un mètre sur deux, échangeant avec les passants depuis ses hauteurs. Le Rennais est débonnaire, il ne s’étonne pas que des créateurs de l’extrême repoussent les limites perchées de l’art. Il ne s’étonne pas davantage que son centre d’art soit adossé au plus grand marché de la ville, place des Lices, avec des effluves de poisson en guise d’ambiance olfactive.

Rien ne l’ébranle. Le Rennais se présente en costume poireaux-carottes aux expos cryptées de Sophie Kaplan, la directrice de La Criée. Il surgit au Parlement pour découvrir les fantaisies des frères Bouroullec. Il assiste dans la salle des mariages de la mairie à un concert électro et ovationne l’Orchestre de Bretagne quand il réinterprète le répertoire folk du groupe Santa Cruz. Il plébiscite le diocèse lorsqu’il commande une fresque murale à un collectif de street artists et approuve les tags végétaux sur les tours médiévales. Il ignore le sens des hiérarchies et l’esprit de caste, servi par des structures locales qui ont le goût du hors-piste.

Bande-son quotidienne

Le Rennais est un enfant gâté, il trouve normal que la plupart des concerts et des événements soient gratuits et que la mairie dépense 14% de son budget pour la culture. C’est un adepte du free-style, qui prend comme ambassadrice Miss Atomik, la tatoueuse des joueurs du Stade rennais, quand il s’agit de faire la promotion touristique de sa cité. Le Rennais est antisystème, il gratte sa Fender entre potes et s’étonne qu’un groupe local d’électro pop comme Juveniles ait signé chez Universal et fait une tournée triomphale en Asie. C’est un puriste, quand il parle musique, il est plus érudit et pointilleux qu’un professeur de sanscrit. Le propriétaire de la pizzeria Trinacria, Jean-Pierre Marotti, fait valser la calzone et la capricciosa sur de la deep house produite par son label Rutilance Recordings. Le boulanger Bernard Cozic, dont les mille-feuilles sont euphorisants, ne parle que du nouveau clip garage de ses rejetons. Le caviste Olivier Cochard vante ses vins naturels au son de Dominic Sonic, l’homme qui fait rugir sa guitare collector Firstman Broadway 68 comme un moteur d’Opel GT. Le taxi Franky est, en off, le batteur du groupe de rockabilly Hudson Maker. Le street artist Patrice Poch, archiviste fébrile de la scène punk française des années 1980, disperse les silhouettes déglinguées des WART et des Trotskids sur les murs de ville.

À Rennes, tout le monde a un pied dans la musique. Même les perruches et les pigeons capucins de la volière du parc du Thabor. Le Rennais est un drôle d’oiseau : quand il va au cloître de l’Hôtel-Dieu, c’est pour déposer des instruments malades qui seront transformés par l’artiste Mathieu Desailly en sculptures d’arachnides et de coléoptères. Quand il se rend place Hoche, c’est pour festoyer sous un nuage de 10 000 ampoules qui luisent même quand il pleut. Le Rennais est chanceux, les avis de tempête sur la ville sont pour lui signe d’allégresse. Plus ça tangue, plus le Rennais se sent gaillard.

En 1979, on comptait 20 concerts par an. Aujourd’hui, la ville est plus agitée qu’une Cocotte-Minute.

In 1979, there were 20 concerts a year, at most. Today, the city is hotter than a pressure cooker.

Balthazar Hôtel & Spa

Le silence dans un hôtel est le comble du luxe. Celui qui règne dans les chambres du cinq étoiles Balthazar, relève du divin. La déco design discrète et les murs blancs dépouillés ajoutent au calme. Dans le salon-bar-bibliothèque, l’ambiance s’anime, mais à peine – on peut lire ou boire un verre en ayant l’impression d’être chez soi, ou bien dans sa maison de campagne, assis dans un joli patio où trône un cerf en bronze. Les plus vernis ont le droit de ne pas quitter la terrasse spectaculaire de la suite 504 qui donne, plein sud, sur les toits de Rennes. Le spa Nuxe, avec bassin et bains bouillonnants, réserve des surprises – des douches «tropicales» ou «Atlantique» avec sons et lumières idoines. On resterait bien toute la semaine sous la brume, avec les goélands. Heureusement que le dimanche, le brunch impeccable, servi à l’intérieur ou en terrasse, nous invite à mettre le nez dehors.

BALTHAZAR HÔTEL & SPA. MGALLERY

19, rue du Maréchal- Joffre.
Tél. +33 (0)2 99 32 32 32.

www.hotel-balthazar.com
Les beaux débuts

Article suivant

Les beaux débuts

Carnet d’adresses

Dans l'une des salles sur le parcours Rubans du musée d'Art et d'Industrie

BALTHAZAR HÔTEL & SPA. MGALLERY

19, rue du Maréchal- Joffre.
Tél. +33 (0)2 99 32 32 32.

www.hotel-balthazar.com

Restaurants

L’Arsouille

Des plats du jour suivant le marché et des vins nature : Christophe Gauchet, sommelier de formation, ne déroge pas à son éthique culinaire. Un maquereau micuit étonnant et une purée de poulpe joliment épicée lui donnent raison.

17, rue Paul-Bert.
Tél. +33 (0)2 99 38 11 10.

Petite nature

Ce micro restaurant avec tables en Formica est la cantine de Béatrice Macé, la fondatrice des Trans Musicales. Le bobun au tofu fumé ou le brownie chocolat blanc-matcha-noix justifent l’affuence à l’heure du déjeuner – fermé le soir.

1, place de la Rotonde.
Tél. +33 (0)2 57 21 29 07.

www.petite-nature.fr

Monsieur Georges

Un «bar à viandes» dont le patron, boucher et fls de boucher, sait attendrir la viande et nous par la même occasion. La pièce de Monsieur Georges, coupée dans le paleron, équivaut à 200 g de bonheur.

3, place du Parlement.
Tél. +33 (0)2 23 62 74 98.

Hôtel

Le Magic Hall

Ce nouvel hôtel a été créé par Guillaume Goumy, le batteur des Marcellus’ Bastards. Du coup, l’adresse décline des chambres autour de la musique, la danse… avec un studio de répétition à disposition des clients qui voudraient tâter de la basse à minuit.

17, rue de la Quintaine.
Tél. +33 (0)2 99 66 21 83.

www.lemagichall.com

Tatouage

Atomik Tattoo

Un tatouage «merci maman» sur le bras droit et une rose posée sur la main gauche, Virginie Javoise, alias Miss Atomik, oeuvre dans un ancien fournil transformé en salon fftie’s. On vient de loin pour se faire encrer la peau chez elle, à l’instar des joueurs du Stade rennais ou de l’Olympique lyonnais.

192, rue de Nantes.
Tél. +33 (0)9 51 59 29 43.

www.atomiktattoo.fr

Shopping

Blindspot – Les Angles Morts

Inaugurée en 2008, la boutique de Pierre et Fred ne vend que des vinyles, des collectors ou des rééditions, comme celles
du label Wah Wah. Un lieu où écouter du jazz ou du rap sur un grand canapé.

36, rue Poullain-Duparc.
Tél. +33 (0)2 99 78 51 90.

www.blindspot.fr

Histoires de vins

Olivier Cochard est spécialisé dans les vins nature de petits producteurs. Il vous fera goûter (avec modération) un cru de l’Ardèche ou un beaujolais en passant Vic Chesnutt et Niagara sur son excellente enceinte Devialet.

47, rue Vasselot. Tél. +33 (0)2 99 79 18 19.

Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Chaque jour, AIR FRANCE dessert Rennes par 3 vols au départ de Paris-CDG.

Chaque jour, KLM dessert Rennes par 1 vol au départ d’Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Rennes Saint-Jacques.
À 8 km.
Tél. +33 (0)2 99 29 60 00.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

LOCATION DE VOITURES

Hertz, à l'aéroport.
Tél. +33 (0)2 99 29 60 25.
www.airfrance.fr/cars

À LIRE

Rennes Gallimard, coll. Cartoville.
Bretagne nord–Rennes, Brest, Saint-Malo Gallimard, coll. GEOGuides.

À ECOUTER

Des groupes rennais à suivre…
Her, Dominic Sonic, Bikini Machine, Leska, Columbine, Empereur Renard.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle Map for illustration purposes only