Défilé de la jeune créatrice israélienne Daizy Shely.

L’exemple du pair

A comme Afrique. Impressions d’Afrique Avec un peu d’imagination, avec quelques accessoires aussi, avec une allée et des palmes, la Sicile, c’est aussi l’Afrique. Il ne s’agit pas d’arpenter la ville. Ailleurs est ce qui arrive.

A as in Africa: Impressions of Africa With a bit of imagination and a few accessories, such as a path and some palms, Sicily can also be Africa. You don’t have to amble all over the city. Afar is what appears.

Giorgio Armani présente ce mois-ci la 14e édition des défilés des talents émergents.

Giorgio Armani présente ce mois-ci la 14e édition des défilés des talents émergents.

Diego Marquez et MirkoFontana, à la tête d’Au Jour Le Jour (ci-dessous et centre).

A comme Afrique. Impressions d’Afrique Avec un peu d’imagination, avec quelques accessoires aussi, avec une allée et des palmes, la Sicile, c’est aussi l’Afrique. Il ne s’agit pas d’arpenter la ville. Ailleurs est ce qui arrive.

A as in Africa: Impressions of Africa With a bit of imagination and a few accessories, such as a path and some palms, Sicily can also be Africa. You don’t have to amble all over the city. Afar is what appears.

Veste du styliste malaisien Edmund Ooi (ci-contre).

Veste du styliste malaisien Edmund Ooi (ci-contre).

Mitsuru Nishizaki, fondateur de la marque japonaise Ujoh.

Mitsuru Nishizaki, fondateur de la marque japonaise Ujoh.

Podium du Teatro Armani, conçu par Tadao Ando.

You can watch the show at the scary Wall of Death. Not for the faint of heart. /

Bikes drive insanely fast around the silo’s vertical walls. / The machine roars across the wood. Thanks to centrifugal force (and a bit of magic?), the crazy rider seems to levitate.

Modèles de la créatrice romaine Stella Jean.
Veste en cachemire Berluti
Le styliste suisse Julian Zigerli.

Le styliste suisse Julian Zigerli.

Maestro de la mode, Giorgio Armani garde pourtant les pieds sur terre. Il suit d’un œil attentif les stylistes de demain, auxquels il ouvre son théâtre milanais, le temps d’un défilé.

Le petit laboratoire de la mode est une étrangeté sentimentale. Il vénère le renouveau, furète en quête du levant, hume l’air sous ses balcons et ne rêve que d’une chose : deviner à quelle coupe se tailleront les silhouettes de demain. Pourtant ce monde se drape aussi de complexités. Pour parvenir à poindre le chas de son aiguille, la relève doit y faire vœu de sacrifice. De la production des vêtements aux coûts pharaoniques du défilé, les jeunes stylistes se démènent avec les chiffres et des bilans comptables aux allures abyssales. Jusqu’alors, les pairs de l’industrie leur prêtaient rarement main forte. Mais depuis quelques années, à l’image du prix LVMH pour les Jeunes créateurs de mode fondé en 2014, les aides et les soutiens financiers se multiplient. En Italie, Giorgio Armani a été l’un des pionniers du mouvement. Mais il a choisi une façon bien à lui d’épauler la relève : en ouvrant aux défilés de nouveaux créateurs les portes de son monumental Teatro Armani, conçu par l’architecte Tadao Ando. Un soutien matériel immense. Et, surtout, une manière d’adouber de jeunes signatures en quête de reconnaissance. Le couturier milanais revient sur les arcanes du projet.

D’où est née cette volonté de soutenir la jeune création ? S’agissait-il d’une démarche politique – le secteur de la mode manquant d’initiatives du genre – ou d’une démarche plus personnelle, presque paternelle ?

Cette idée m’est venue à force d’observer le monde qui m’entoure. Aujourd’hui, le passage de relais entre générations est souvent négligé, et ce dans de nombreux domaines. Or notre époque n’est pas facile, on le sait, et je crois que nous devrions tous nous efforcer de délivrer un message puissant d’innovation et de progrès. L’avenir de la mode et de la création en tant que secteur industriel – et plus généralement l’avenir d’un pays tout entier – repose sur les nouvelles générations. En mettant mon théâtre à la disposition de stylistes en devenir, j’essaie de les aider à gagner en visibilité, tout en favorisant la croissance dans l’ensemble du secteur. Mais je reste pragmatique et suis peu enclin au paternalisme : au lieu de participer au financement d’une collection, j’ai préféré opter pour cette formule, qui me paraît plus inspirante pour les stylistes et, au final, plus efficace en termes d’exposition médiatique. Car le succès d’une marque de mode, c’est aussi ça !

Comment dénichez-vous ces talents ?

Je suis entouré d’une équipe de scrutateurs, qui me fait des suggestions, me présente les réalisations de jeunes stylistes. Pour la sélection, je me fie à mon intuition. Que ces créateurs s’inscrivent, ou non, dans ma propre veine esthétique n’a pas d’influence. Je suis attiré par les travaux dont se dégage un point de vue fort et original, et qui ne craignent pas de l’explorer et de l’exprimer de façon cohérente.

Vous prêtez le Teatro Armani. Y a-t-il également une aide technique (lumières, décors…) à disposition ?

Exactement. En plus du lieu, nous leur fournissons toute notre expertise pour parvenir à organiser leurs défilés et leurs présentations.

Ce projet vous permet de garder une vue d’ensemble sur l’univers de la mode. Est-ce finalement plus difficile de se faire une idée de ce qu’est la création aujourd’hui, alors que nous sommes cernés par l’information ?

C’est précisément parce que nous sommes soumis à cette masse d’informations qu’il nous faut redoubler de prudence dans l’évaluation que nous en faisons. La première chose à prendre en compte dans notre travail est la réalité : il faut imaginer des vêtements pour les gens qui vont les porter, et pas uniquement pour les podiums. Ensuite, il y a la cohérence : nous devons rester fidèles à notre propre style sur un temps long. Chez un couturier, le public cherche des valeurs rassurantes et durables. La troisième chose qu’il ne faut pas négliger, à mon sens, est la vision. Pour cela, il faut garder les yeux ouverts afin de comprendre le monde et d’anticiper ses besoins. Enfin : l’individualité. Un créateur digne de ce nom doit être convaincu par ce qu’il fait. Même si cela doit le conduire à avancer à contre-courant.

Au tout départ, vous vous intéressiez à la jeune création italienne. Puis vous avez élargi vos horizons au monde entier. Pourquoi ?

C’était une évolution tout à fait naturelle. L’épicentre de mon dialogue avec le public reste bien évidemment l’Italie. Mais j’ai une vision et des perspectives globales. Et même les premiers stylistes à avoir participé au projet, comme Stella Jean, ont une histoire et un univers qui vont bien au-delà des frontières et du style italiens.

Vous aviez plus de 40 ans lorsque vous avez commencé à bâtir votre propre empire. Ce projet de parrainage ne ferait-il pas écho à ce parcours assez inhabituel ?

En effet, j’ai lancé ma marque à un âge plutôt avancé, alors que j’avais déjà un certain bagage technique. Bien sûr cela a eu un impact sur le résultat et sa réussite, car je savais exactement ce que je voulais exprimer et comment y parvenir. Toute question d’âge mise à part, je recommande aux jeunes stylistes de faire preuve de patience : trouver sa propre voie et son propre style sont des étapes cruciales, qui prennent du temps.

Y a-t-il un jeune créateur que vous soyez fier d’avoir découvert ?

Je serais bien incapable d’en choisir un plutôt qu’un autre. Je suis fier du projet dans son ensemble, précisément parce qu’il a suscité l’émergence de plusieurs visions stylistiques. C’est cette variété d’approches qui fait la principale qualité du projet.

Quels conseils prodigueriez-vous aux jeunes talents qui vont lire ces lignes ?

Je leur dirais avant tout de faire leur métier avec passion et détermination. Et de ne jamais sacrifier la réalité et le pragmatisme à la créativité. D’avoir sur les choses un regard fort et personnel car, en fin de compte, c’est la seule chose qui fasse vraiment la différence.

© Nicolo Parsenziani - Courtesy of Au Jour Le Jour - Giorgio Armani - Courtesy of Edmund Ooi

© DK Ogawa - Courtesy of Camera Nazionale della Moda Italiana - Giorgio Armani - Yves Suter

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

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