Contestation lors de la construction de l’aéroport de Narita, artiste inconnu (c.1969).

L’émoi 
japonais

M comme miniature Des miniatures à côté des miroirs, des minarets, les mêmes que dans la ville mais moindres1, les merveilles du monde dans une maison de maître2. Images au mur, ou mirages sur la mer ; masques, têtes de pierre ou cires anatomiques : des machines à songes. En un moment, l’œil ému mêle les mondes. Et rien ne manque à ces paysages minuscules3, pas même le myrte au parfum de musc.

1. À Palerme, on admirera la belle église San Cataldo. 2. Tel le Palazzo Serra di Cassano de Naples. 3. Certains lieux transportent les visiteurs dans des mondes en réduction, décors de tapisserie, paysages imaginaires : à Naples, l’hôpital des Incurables et son musée d’histoire de la médecine ; à Palerme, la Palazzina Cinese, dans le Parco della Favorita.

M as in miniature Miniatures next to mirrors, minarets, the same ones as in the city but smaller,1 the marvels of the macrocosm in a manor house.2 Images on the wall, or maritime mirages; masks, stone heads or wax anatomical models: dream machines. In a moment, the eye is moved, as it mixes and matches worlds. And nothing is missing in these mini-landscapes, not even the myrtle with its musky scent.3

1. The lovely church of San Cataldo can be admired in Palermo. 2. Like the Palazzo Serra di Cassano in Naples. 3. Certain places whisk visitors away into miniature worlds, tapestry motifs, imaginary landscapes: in Naples, the Ospedale degli Incurabili (Hospital for the Incurables) and its Museo delle Arti Sanitarie, a museum of the history of medicine; in Palermo, the Palazzina Cinese, in the Parco della Favorita.

L’émoi  japonais

Haut de 240 m, le gratte-ciel de l’Université Lomonossov a été construit en 1953. Il compte parmi les «Sept sœurs de Staline».

Built in 1953, the skyscraper of Lomonosov Moscow State University, one of “Stalin’s Seven Sisters,” rises to a height of 240 meters.

Le catalogue de l’exposition présente un ensemble inédit d’images, de textes et d’entretiens autour de cette période.

Le catalogue de l’exposition présente un ensemble inédit d’images, de textes et d’entretiens autour de cette période.

Koji Taki, portrait extrait du troisième et dernier numéro de Provoke, paru en 1969.

Koji Taki, portrait extrait du troisième et dernier numéro de Provoke, paru en 1969.

Sans titre, Nobuyoshi Araki (1973).

Sans titre, Nobuyoshi Araki (1973).

Le Bal consacre une première exposition à Provoke, revue culte et éphémère qui bouleversa en trois numéros seulement la photographie japonaise, à coups de clichés bruts, flous et granuleux.

Ils sont cinq, trois photographes – Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi, Daido Moriyama – un critique – Koji Taki – et un poète – Takahiko Okada. Du Japon, ils n’ont connu que les séismes de la guerre et ses amertumes. Le monde tremble sous leurs pieds et de ce tremblement naissent entre 1968 et 1969 trois numéros d’une revue à nulle autre pareille, baptisée Provoke. D’une noirceur punk avant la lettre, les trois fascicules sabordent les canons de la photographie. Le monde est éclaté, morcelé, lézardé, en proie aux convulsions et aux visions. Plus rien n’est stable. Tout part en poussière, en verre brisé, en crissements de pneus et en courts-circuits. Les cadrages sont basculés, les contrastes saturés, les motifs flous. Certaines des images sont prises en marchant ou depuis une voiture, sans regard dans le viseur. Il ne s’agit plus de témoigner du monde mais de fixer des vertiges. La dissolution de la société traditionnelle japonaise appelle la dissolution des formes, l’invention d’un nouveau langage visuel dont la grammaire déstructurée exprime simultanément l’horreur et la beauté.

Provoke est une déflagration dans l’histoire de la photographie d’après-guerre, une tempête dans l’histoire du Japon tout court. Plus qu’une revue, c’est un manifeste. Il se nourrit autant de l’émergence de l’art performatif nippon dans les années 1960, que de la prolifération de publications étudiantes, rebelles aux forces d’occupation américaines. C’est l’histoire passionnante de cette décennie frondeuse que racontent une exposition et un livre cyclopéens, fruits de trois années de recherche et de collaboration entre quatre musées, six historiens japonais, américains et européens et plus de quarante prêteurs. Après l’Albertina à Vienne et le Fotomuseum de Winterthur en Suisse, avant l’Art Institute of Chicago aux États-Unis, l’exposition se pose dans le bel espace du Bal. De quoi chahuter l’automne à Paris.

PROVOKE – ENTRE PROTESTATION ET PERFORMANCE.
LA PHOTOGRAPHIE AU JAPON DE 1960 À 1975

Du 14.09 au 11.12. Le Bal, 6, impasse de la Défense, Paris.
Tél. +33 (0)1 44 70 75 50.

www.le-bal.fr

© Nakahira Gen / Moriyama Daido / Okada Takhiko / Takanashi Yukata / Taki Koji, collection privée - Taki Yosuke, collection privée - Araki Nobuyoshi, collection Art Institute of Chicago - Tomatsu Shomei / Interface, collection Art Institute of Chicago - Mathieu Martin Delacroix

Agenda

PROVOKE – ENTRE PROTESTATION ET PERFORMANCE. LA PHOTOGRAPHIE AU JAPON DE 1960 À 1975

Du 14.09 au 11.12. Le Bal, 6, impasse de la Défense, Paris.
Tél. +33 (0)1 44 70 75 50.

www.le-bal.fr

Oran : le coeurpalpitant

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le coeur palpitant