Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

À l’acmé de
la voix

Mer de cimes arborées perdues dans les nuages, Shikoku.

Shikoku: a sea of tree-covered peaks

lost in the clouds.

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

Sabine Devieilhe, la soprano Jaël Azzarettiet le metteur en scène Clément Hervieu-Léger lors des répétitions de Mitridate, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2016.

Mer de cimes arborées perdues dans les nuages, Shikoku.

Shikoku: a sea of tree-covered peaks

lost in the clouds.

Continuant son exploration de l’œuvre de Mozart, la soprano colorature prête ses aigus à Ismène, héroïne de jeunesse du compositeur.

Continuant son exploration de l’œuvre de Mozart, la soprano colorature prête ses aigus à Ismène, héroïne de jeunesse du compositeur.

Continuant son exploration de l’œuvre de Mozart, la soprano colorature prête ses aigus à Ismène, héroïne de jeunesse du compositeur.

Continuant son exploration de l’œuvre de Mozart, la soprano colorature prête ses aigus à Ismène, héroïne de jeunesse du compositeur.

Artiste lyrique de l’année 2015, la dompteuse d’aigus Sabine Devieilhe enflamme 2016 en chantant l’Ismène de Mozart et la Beauté de Haendel. À la rentrée, la soprano se retire dans un silence régénérateur avant de réveiller 2017 avec la Reine de la Nuit à l’Opéra Bastille.

Il suffit de la voir entrer d’un pas vif et décidé sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, sa mince silhouette prise dans une robe couleur soleil, et lancer les aigus tout en tulles argentées de la cabalette de La Somnambule de Bellini, pour comprendre que Sabine Devieilhe est une étoile au firmament des voix. À la voir si douce et frêle, on dirait un portrait de Robert Tournières, peintre de la Régence né – comme elle – au village d’Ifs, en Normandie. À l’entendre si ferme et si agile, on a l’impression d’être face à une réincarnation de Natalie Dessay – dont elle admire sans réserve les 20 ans de carrière passés à bousculer le répertoire – peut-être en plus fruité, en moins halluciné. C’est en montant un jour sur scène avec les chœurs de l’Opéra de Rennes, alors qu’elle enseigne le violoncelle, que la jeune Sabine prend tout d’un coup conscience que son véritable instrument est la voix – sa voix. Abandonnant le poids de l’archet – trop masculin –, elle dompte les aigus aériens de son chant cristallin en s’installant à Paris, où elle se consacre corps et âme à l’apprentissage d’une voix saine et claire.
 

La spécialisation des interprètes n’étant plus d’actualité, mademoiselle Devieilhe confirme très vite la personnalité musicale vif argent de son soprano colorature en chantant Rameau tout aussi bien que Mozart, Bellini ou Delibes. «La tessiture de soprano colorature se définit presque malgré elle par ses suraigus, explique-t-elle. Mais, de la Renaissance à aujourd’hui, j’ai peu de choses à évincer. Il y a deux ans, le compositeur allemand Manfred Trojahn a écrit pour moi des mélodies sur des poèmes de René Char. Le processus de création me passionne. Ma véritable chance est de passer par quelques grands rôles composés au-dessus de la portée, comme Lakmé (dans l’opéra du même nom), Olympia dans Les Contes d’Hoffmann, la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée, et sans doute un jour Ophélie dans le Hamlet d’Ambroise Thomas. Je me sers du reste de ma tessiture en abordant la musique baroque, où l’on n’utilise pas toute cette quinte aiguë – à moins de s’amuser comme cet été au festival d’Aix-en-Provence dans Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel. La chef Emmanuelle Haïm –  toujours gourmande de tout – m’a poussée à monter au plus haut dans les vocalises du rôle de la Beauté. Le parti-pris de mise en scène de Krzysztof Warlikowski, qui ne laisse jamais personne indifférent, m’y a grandement aidée en ré-humanisant les envolées mystiques de cette vertu toute allégorique.»
 

Révélée à Aix, à Lyon et à Paris par ses prises de rôle dans La Finta Giardiniera, La Flûte enchantée et, cette année, un fougueux Mitridate, Sabine Devieilhe avoue une passion absolue pour Mozart. Elle lui a consacré un disque flamboyant, qui aborde les amours du compositeur au travers de la famille Weber. «Mozart a eu beaucoup de femmes dans sa vie, reconnaît la jeune cantatrice, mais les trois sœurs Weber ont décidé de son destin. Que ce soit par amour ou par amitié, il a ajusté pour ces trois voix agiles des lignes vocales extrêmement spécifiques.» Désacralisant les rôles de la tonique Josepha Weber, Sabine découvre ainsi dans la partition originale de La Flûte enchantée que la Reine de la Nuit n’hoquète nullement sur un «a» naturel dans ses démoniaques vocalises, mais bien plutôt sur le «e» final du mot nimmermehr. Détail ? Que nenni. Car l’affect acide véhiculé par cette voyelle acérée n’est plus le même et cette démonstration vocale tout en muscles s’apparente alors à une scène de démence. «Ces 12 minutes – dont on se fait tout un monde quand on est comme moi soprano colorature –, il faut vraiment en avoir sous le pied pour les chanter !»

 

AGENDA

CONCERT MOZART Le 4.09. Orchestre de chambre
de Lausanne. Direction : Raphaël Pichon.
Théâtre du Jorat. www.theatredujorat.ch

LA FLÛTE ENCHANTÉE Du 28.01 au 23.02.2017.
Opéra Bastille. www.operadeparis.fr

ET AUSSI…
MOZART : THE WEBER SISTERS Par Sabine Devieilhe,
Ensemble Pygmalion. Direction : Raphaël Pichon.
CD Erato / Warner Classics.

MITRIDATE Le Concert d’Astrée. Direction : Emmanuellle
Haïm. Mise en scène : Clément Hervieu-Léger.
DVD Warner Classics (à paraître).

Agenda

CONCERT MOZART

Le 4.09. Orchestre de chambre
de Lausanne. Direction : Raphaël Pichon.
Théâtre du Jorat. www.theatredujorat.ch

Hedvig Astrom Kushner

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