Garçon à la brosse à dents, dispersion, gouache sur toile, 1964.

Polke l’Iconoclaste

Garçon à la brosse à dents, dispersion, gouache sur toile, 1964.

Cochon de policier, acrylique sur toile, 1986, dans les murs du Palazzo Grassi.

Récolte à la main des roses de mai, au Clos de Callian.

Harvesting Rose de Mai by hand, at the Clos de Callian.

Alice au pays des merveilles, acrylique, peinture en aérosol, gouache et peinture métallique sur tissus à motifs, 1972.

Vue d’Udaipur depuis le lac Pichola.

View of Udaipur from Lake Pichola.

Hermès Trismégiste I, résine artificielle et laque sur tissu polyester, 1995.

En 1962, Air France fait appel à la maison Dior pour habiller ses hôtesses.

In 1962, Air France flight attendants wore uniforms designed by the Dior fashion house.

Le Palazzo Grassi accueille le maître allemand Sigmar Polke. Un alchimiste contemporain qui se joue avec férocité des formes comme des idées reçues.

«Tu ne respectes rien !» disait-on jadis aux enfants. Sigmar Polke lui non plus ne respectait rien, si ce n’est l’exigence d’une liberté sans limites.

À ses débuts, dans l’Allemagne dite alors de l’Ouest, à Düsseldorf, à l’orée des années 1960, il ne respecte pas la puissance industrielle, l’ordre social et le progrès technique qui ont fait d’un pays ruiné un pays prospère en une quinzaine d’années. Alors que son ami Gerhard Richter repeint des photographies publicitaires, familiales ou militaires en grisaille et légèrement floues, il se saisit d’autres images exemplaires, celles du confort moderne, du tourisme et de l’American way of life. Tantôt, il n’en garde que la trame typographique en les réduisant à l’état de fantômes en noir et blanc, tantôt il les transfère sur des tissus d’ameublement ou des draps choisis pour leurs imprimés bariolés et leurs couleurs criardes. Le support, dans ce cas, importe autant que le motif qu’il porte, motif qui est le plus souvent un stéréotype de l’exotisme ou de l’érotisme. Ainsi Polke accumule-t-il un inventaire des emblèmes de l’époque, de la cuvette en plastique à la starlette en maillot de bain.Jusqu’à ses dernières œuvres, au début des années 2000, il complète méthodiquement cette collection satirique.

Si, dans les années 1960 et 1970, Polke est essentiellement le chroniqueur de la consommation et des industries du divertissement, son travail se politise de plus en plus au fil du temps. Pour cela, il emprunte à la presse les éléments visuels qu’il associe, hybride, superpose, teinte ou, à l’inverse, blanchit. Il puise aussi dans les gravures de la Révolution française au moment où son bicentenaire est fêté en 1989 et, plus largement, dans l’art des siècles passés.

C’est un autre aspect de sa création qui prend le pas dans la rétrospective en une centaine d’œuvres accrochées au Palazzo Grassi : celle d’un peintre à la recherche de procédés nouveaux pour faire naître la forme et rendre plus lumineuses les couleurs. Ce Polke-ci, plus éloigné de la politique et du présent, expérimente pigments minéraux et résines de synthèse. Il travaille sur des supports translucides tendus à l’extrême, comme sur des papiers qu’il gorge d’eau ou d’huile. Il projette des taches pour voir ce qui apparaît dans les éclaboussures, procédé déjà conseillé par Léonard de Vinci. Ou bien, il trace avec un geste d’une sûreté sidérante des entrelacs de lignes noires et fines qui, à force de s’enrouler et se dérouler comme des fils, finissent par suggérer des visages. Il fait alors songer à une autre Renaissance, non plus italienne, mais riveraine du Rhin et du Danube. Il dialogue avec Grünewald, l’un de ses interlocuteurs préférés. À la gravure du temps de Dürer et d’Altdorfer, il emprunte parfois le profil d’un mage ou d’un alchimiste, ce qui pourrait se révéler une forme sous-entendue d’autoportrait tant Polke manifeste de la curiosité pour l’occultisme, la recherche de la pierre philosophale et les zodiaques. Mais ces références et citations ne sont pas l’expression d’une nostalgie. Il n’hésite pas à prélever dans ces œuvres vénérables ce qu’il lui faut, pas plus, et à déplacer ces figures sur des supports d’aujourd’hui et aux dimensions de l’art actuel, qui aime le grand format. Polke ne rend pas hommage aux maîtres anciens en disciple fidèle : jusqu’à la fin de sa vie, dans son atelier de Cologne, il converse et joue avec eux librement. Il les traite sans morgue déplacée, ni respect excessif : il les traite d’égal à égal. Et, dans son cas, c’est légitime car il est l’un des plus grands peintres de la seconde moitié du XXe siècle.

Sigmar Polke

Jusqu’au 6 novembre. Palazzo Grassi. Campo San Samuele 3231, Venise.
Tél. +39 041 2001 057.

www.palazzograssi.it

© The Estate of Sigmar Polke by SIAE 2016. Photos : Peter Cox, Anne Gold, Wolfgang Morell

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Sigmar Polke

Jusqu’au 6 novembre. Palazzo Grassi. Campo San Samuele 3231, Venise.
Tél. +39 041 2001 057.

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Hung’s Delicacies, aéroport international de Hong Kong.

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