Pyramide du Louvre, 1er arr.

Brecht Evens,
conteur
haut
en couleurs

Pyramide du Louvre, 1er arr.

Cour d’honneur du Palais-Royal, Daniel Buren, 1er arr.

Cour d’honneur du Palais-Royal, Daniel Buren, 1er arr.

Passants, 1er arr.

Passants, 1er arr.

Place des Vosges, 3e-4e arr.

Place des Vosges, 3e-4e arr.

Fondation Louis Vuitton, bois de Boulogne, 16e arr.

Fondation Louis Vuitton, bois de Boulogne, 16e arr.

Rien n’impressionne le jeune dessinateur belge qui crayonne, peint ou joue des aquarelles, puisant dans une fantaisie extrasensible. Pour le nouveau Travel Book de Louis Vuitton, il croque Paris, sa ville d’adoption, et y révèle les secrets de sa drôle d’atmosphère.

Il ne faudrait jamais aborder une ville au premier degré. C’est un rêve, n’est ce pas ? Les roulettes de votre valise, le tapis des bagages, le sas des attentes… Le quotidien vient nous mordre les chevilles, fendiller ces moments magiques, alors que la tête devrait partir en vrille, dans la bohème limpide des voyages. C’est sans doute ce qui a présidé à la collection Travel Book de Louis Vuitton. Régulièrement, elle nous propose des décalages joyeux comme Jean-Philippe Delhomme à New York, Jirô Taniguchi à Venise, Lorenzo Mattotti au Vietnam, Floc’h à Édimbourg, Blaise Drummond en Arctique… Cette fois-ci, voici un nouveau client, l’artiste et bédéaste Brecht Evens (Les Noceurs, Panthère chez Actes Sud).

Ce lauréat du prix de l’Audace du festival d’Angoulême (2011) semble être sagement assis à cette terrasse d’un café de la place Saint-Michel. Il y a là pourtant une sorte de volcan sauvage, tapi derrière une chevelure de guerrier adolescent. Son regard balaie la foule des badauds, localise quelques singularités (une sexagénaire en blouse péruvienne et son mari). Mais ne radiographie pas pour autant comme un pic-vert. Il infuse, laisse entrer les couleurs et les lumières. D’où viennent cette joie, ces pigments, cette fête permanente ? Ose-t-on évoquer ses influences ? N’en a-t-il pas assez d’être sans arrêt sourcé ? «Non, pas du tout, je vous en prie», répond-il avec bonne humeur. David Hockney ? «Mais oui, consciemment.» Les tapisseries flamandes ? «Explicitement.» Matisse ? «J’ai fait exprès.» Delaunay ? «Par hasard.» Les miniaturistes persans ? «Oh oui, tout à fait !!!»

Brecht Evens, 30 ans, natif de Hasselt (Belgique), vit à Paris depuis deux ans. Il se sent bien du haut de ses cinq étages, à Belleville. «S’il est vrai que l’on peut travailler de partout, scanner ses dessins depuis les Alpes, pour ma part, j’ai besoin de cette ville. Je vois même mes personnages, mes dessins gagnés par l’architecture de la cité, ses climats. Je me sens comme une araignée sur sa toile, au centre de l’Europe. Il me faudrait plusieurs vies pour honorer Paris, dessiner comme Breughel et saisir la vie en trois gestes. Je veux pour autant échapper au réalisme, au cartoonisme et avoir de plus en plus de choix avant de m’attaquer au dessin».

Brecht Evens s’alimente en images grâce à Google. Il en est un grand consommateur. Pas du genre à courir les musées, où il craint d’être déçu. Les sons de la ville n’interfèrent pas pour autant, tout au juste des interférences cinématographiques. «J’ai encore en mémoire, L’Enfer de Chabrol et le bruit de l’ambulance qui arrive vers la fin. Les sirènes chez nous en Belgique sont flûtées. Les vôtres sont séquencées et entre chaque note, il y a ce vide dramatique.»

On réalise alors tout ce qui traverse les images de ce vagabond qui ne travaille pas à heures fixes : aube, nuit, après-midi, peu lui importe. Mais il dessine presque en dansant. Il met ses musiques fétiches (hip-hop, rap), se balance, prend le recul, dessine, regarde : «Je passe dix fois plus de temps à regarder mes dessins qu’à dessiner. J’ai besoin de ce rapport physique, de bouger. C’est ce qui me sauve. Si l’on est trop près de son dessin, on perd de vue ce que l’on cherche.»

Du coup, histoire de lui piquer quelques maximes personnelles, Brecht Evens consent à dire qu’il a un très bon rapport à lui-même : «Je suis bienveillant, pas mon patron, mais mon propre ami, je me pardonne beaucoup. C’est simple : j’aime mon travail avec amour et fierté !» Il laisse aussi la peinture, les matériaux (crayon, aquarelle, peinture…) vivre leur vie «sinon la magie est pauvre» ; la partie écriture restant la plus stressante.

Revenir aux dessins de Brecht Evens, c’est également s’imprégner d’une philosophie du voyage. Aménager, comme dans ses dessins, un décalage, des chausses-trappes, devancer (demander) l’imprévu, l’organiser : «Je ne veux pas que l’œil comprenne tout de suite, j’aime bien lorsqu’il trébuche.»

 

Brecht Evens. paris

Jusqu’au 10 septembre. Galerie Martel, 17, rue Martel, Paris. Tél. +33 (0)1 42 46 35 09.

www.galeriemartel.com

Travel book Paris

Brecht Evens. En vente dans les boutiques Louis Vuitton et en librairie.

© Louis Vuitton Malletier / Brecht Evens - Louis Vuitton Malletier

Agenda

Brecht Evens

Jusqu’au 10 septembre. Galerie Martel, 17, rue Martel, Paris. Tél. +33 (0)1 42 46 35 09.

Chorégraphe, danseuse et réalisatrice, elle crée le spectacle Robot en 2013, danse avec l’étoile Maria Alexandrova dans Déesses & Démones en 2015, et tourne Elektro Mathematrix, comédie musicale urbaine dans les salles ce mois-ci.

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Blanca Li