Construit au XVIIe siècle, le Palazzo Reale fut un temps la résidence de la maison de Savoie. Immeubles enchevêtrés du vieux Gênes.

Contes du
clair-obscur

Construit au XVIIe siècle, le Palazzo Reale fut un temps la résidence de la maison de Savoie. Immeubles enchevêtrés du vieux Gênes.

Terrasse du Palazzo Rosso, l’un des fleurons des Palazzi dei Rolli, 42 demeures emblématiques de la ville.

Terrasse du Palazzo Rosso, l’un des fleurons des Palazzi dei Rolli, 42 demeures emblématiques de la ville.

Au Palazzo Rosso, appartements de la duchesse Galliera, qui légua à la ville son palais et une célèbre collection de toiles de Van Dyck, Dürer, Véronèse…

Au Palazzo Rosso, appartements de la duchesse Galliera, qui légua à la ville son palais et une célèbre collection de toiles de Van Dyck, Dürer, Véronèse…

Funiculaire conduisant au studio Renzo Piano.

R comme reflet La règle, ici, pour que le roman s’invente : qu’un mot en reflète un autre et qu’il en brouille le contour. De billard à pillard1, le reflet trace la route.

1. Dans Comment j’ai écrit certains de mes livres, on apprend que c’est la transformation d’une première phrase, «les lettres du blanc sur les bandes du billard» en cette autre «les lettres du blanc sur les bandes du pillard», qui a produit le roman Impressions d’Afrique.

R as in reflection A ground rule for constructing the novel: each word always has to reflect another, blurring the contours. From billard to pillard,1 the mirror effect paves the way.

1. In Roussel’s How I Wrote Certain of My Books, we learn that the novel Impressions of Africa is based on the transformation of the opening phrase“les lettres du blanc sur les bandes du billard” into this other one“les lettres du blanc sur les bandes du pillard.”

L’architecte star Renzo Piano, né à Gênes, dans son atelier de la capitale ligure, un bâtiment lumineux étagé à flanc de montagne.

L’architecte star Renzo Piano, né à Gênes, dans son atelier de la capitale ligure, un bâtiment lumineux étagé à flanc de montagne.

Sur la promenade suspendue du Corso Italia, qui se termine au petit port de pêche de Boccadasse.

Sur la promenade suspendue du Corso Italia, qui se termine au petit port de pêche de Boccadasse.

Galerie des Miroirs du Palazzo Reale, inspirée de la galerie des Glaces de Versailles.

Galerie des Miroirs du Palazzo Reale, inspirée de la galerie des Glaces de Versailles.

L’Antica Barberia Giacalone, une institution du Vieux Gênes, nichée dans une minuscule boutique de style Liberty.

L’Antica Barberia Giacalone, une institution du Vieux Gênes, nichée dans une minuscule boutique de style Liberty.

Médaillons de la collection du Palazzo Reale, dus à Domenico Duprá et Nicolas de Largillière.

Médaillons de la collection du Palazzo Reale, dus à Domenico Duprá et Nicolas de Largillière.

Hémicycle adossé à la montagne, la ville de Gênes se livre à la mer et au ressac de l’histoire. Ses ruelles murmurent des légendes portuaires, exposent des palais rococo et fleurent bon la bergamote. Un théâtre urbain en ombres et lumières.

Aimer Gênes ne va pas de soi. Quand Venise s’expose dans la luminescence de sa puissance, toute festonnée d’ors et de peintures, la cité ligure se cache et se tait. Ville secrète, ville déchue, Gênes se plaît à tromper, à fuir, à s’évaporer. L’architecte Renzo Piano, dernier condottiere peut-être, le sait mieux que quiconque. Lui qui donna une nouvelle jeunesse au port, y édifia un aquarium qui attire les foules comme autant de bancs de poissons, lui qui naquit ici et y revient toujours en explique les raisons. «Gênes s’étale sur 22 km de long et seulement 900 m de large. Gênes est une ville double, coincée entre mer et montagne. Pour partie minérale, pétrifiée de maisons, de rues et de places ; pour partie aquatique, nourrie de vagues et de vent.» Oui, Gênes s’arrime à la mer et s’ancre dans la roche. Truffée de tunnels, escaladée de funiculaires et d’ascenseurs naissant de nulle part, elle s’arc-boute sur ses palais et rêve toujours de conquérir le monde. Elle le fit au siècle qu’on baptisa justement de Gênes, de 1530 à 1630. L’or et les épices, la soie, la laine, le fracas naval et les turpitudes des grandes familles princières y déferlaient en cascade. De ce passé de gloire, il reste une nostalgie, un espoir d’être à nouveau la Superbe, orgueilleuse et rayonnante.

Décor extravagant pour spectacle picaresque

Naître à Gênes, dans le lacis des ruelles, les carruggi, si étroites qu’on se demande comment on peut y emménager, y glisser un buffet et plus encore un piano comme hier un clavecin, c’est d’abord vouloir en partir. «La mer est une manne à désirs dit Renzo Piano, et tout désir mute en désordre.» La ville est spasmodique, pulsionnelle, industrieuse, ébouriffante. Christophe Colomb était Génois et Marco Polo rédigea ses mémoires, une fois emprisonné dans une geôle génoise. Ici, la conquête est un but et une perdition. La ville bute sur une montagne trop haute et plonge dans une mer trop profonde. Les éléments naturels parlent haut et fort. La ville surjoue son rôle de puissance muée en labyrinthe. Il se répète que Gênes est un théâtre dont la scène serait la mer. La ville tout entière, il est vrai, a des allures de machinerie fantastique. Les rues sont les coulisses d’un spectacle incessant. Les maisons adossées les unes aux autres, collées les unes devant les autres, se surpassant d’une toiture, se dérobant d’un coude, d’une cariatide ou d’un atlante, semblent des décors accumulés, superposés comme autant de tableaux calés contre un mur de rocaille. La cité est un feuilletage.

D’une corde tirée on pourrait, semble-t-il, hisser une façade comme on tire le génois, cette voile d’appoint des navires. D’ailleurs, le mot bâtiment en français, ne désigne-t-il pas, tout à la fois une demeure et un bateau ? Gênes absorbe la mer et la mer en retour digère ses marbres et ses ardoises. Les hunes, les haubans sont chez eux en pleine terre. «Pour les marins qui se jetaient sur les flots, dit encore Renzo Piano, revenir en ville, c’était retrouver le cocon maternel.» Gênes agit telle une déesse protectrice qui enserre dans les bras de ses ruelles étranglées les corps épuisés des marins saoulés de tempêtes. Dans les replis des maisons obscures, libérés du soleil, les vents enfin muselés, ils goûtaient au reposant silence. Aujourd’hui, le port, non laminé encore par la mondialisation qui veut que tous les centres-villes cèdent à l’injonction d’être «design», abrite dans l’entrelacs de ses venelles l’âcre parfum du soufre. Il ourle les coins de rues comme une écume de mer. Ces rues, dit-on, sont moins sûres à la tombée du jour. Elles sentent la poudre et le coutelas. Fantasmes de toute ville de tavernes.


«Gênes est double, coincée entre mer et montagne. Minérale et aquatique, nourrie de vagues et de vent», dit Renzo Piano.
 

Ors et couronnes

Ce négatif d’ombres ne saurait exister sans son pendant de lumière. Gênes est d’abord une cité de palais. On leur dressait hier des façades arrondies pour mieux épouser les courbes du terrain. Puis vint la via Garibaldi. «Rue des rois, reine des rues» selon le mot de Mme de Staël, elle seule est rectiligne. Son coup de sabre tranche dans cette casbah de sinuosités. Les plus somptueux palazzi, le Rosso, le Bianco, le Tursi, y sont à touche-touche et leur efflorescence surgit une fois les portails franchis. Si l’austérité de la pierre est la norme publique, l’espace privé se révèle une fête.

Les palais dégorgent de tentures, de toiles de maîtres et de vaisselles, de porcelaines et de marqueterie. Partout, des Rubens, des Zurbarán, des Van Dyck… des portraits en pied de doges génois enrobés d’écarlate. Gênes est une ville rouge. La croix rouge sur fond blanc des armoiries des princes de Savoie orne les carrefours et les poteaux d’éclairage. Hommage à saint Georges qui terrassa le dragon, les funiculaires ici terrassent les pentes au rythme glissando de leurs cabines sanguines. Sur le bleu ciel de la mer, ces wagonnets ont des airs de coccinelles.

Collection d’architectures

Mais Gênes, plus que double, est triple et quadruple. Au plus grand cœur médiéval d’Europe, s’ajoutent les bâtisses nées dans l’effervescence des Années folles. Rues Art déco, Liberty, palais de la Bourse boursouflé de stucs et de masques grecs, de gueules de lions et de gorgones, éclectisme partout et puis soudain, la froide et martiale rationalité d’un quartier des années 1930.

Et la mer ? La voici, au détour d’un petit port de pêche, niché à Boccadasse, but de promenade dominicale et lieu de farniente balnéaire. Serait-ce suffisant pour vous convaincre d’aimer Gênes ? Ajoutons à cela le cimetière monumental de Staglieno, que le monde entier vénère, un parc de statues où les époques et les styles se chevauchent, se défient : classicisme, baroque, symbolisme, Liberty, libertaire ! Des géants de granit et de bronze commérant pour l’éternité sur la gloire qui fut la leur. La visite est joyeuse.

Scènes gourmandes

Au sortir, il est temps de reprendre des forces. La Ligurie n’a pas l’opulence de l’Italie toscane. Les charcuteries n’y débordent pas de salamis au fenouil comme à Florence ou de jambons crus comme à Parme, mais que de saveurs ! D’abord les sauces, le pesto en majesté, vert et forci de parmesan, de basilic, de pignons et d’ail, puis la sauce aux noix et celle au bœuf, le ragù. Trois couleurs pour honorer le drapeau national. À cela s’ajoutent les tartes aux pignons, aux noix, les poissons pêchés du jour et servis sur un lit de petits artichauts craquants, toutes les galettes, les fritures d’aubergines et d’anchois, et la ronde des focaccia, ces pâtes à pizza, concurrencées par la farinata ou galette de pois chiches…

Mieux, si les familles nobles s’affrontaient hier pour gouverner la ville et s’emparer des richesses déversées par le port, il semble qu’aujourd’hui la rivalité ait glissé des palais aux étals des pâtisseries. Celles-ci ont des allures de vieilles dames conservées dans le vernis et la dentelle, un charme suranné. C’est à qui présentera le pandolce le plus dodu, la tarte aux fruits secs la plus souriante, le chou le plus sémillant. Chaque bonne maison exhibe ses armoiries de sucre glace et de cédrat, comme des prises de guerre et des offrandes. L’héraldique y trouve un nouveau champ d’étude. Dans ce théâtre urbain, les gâteaux montent sur scène. Oui, Gênes est un théâtre et même un opéra. Paganini d’ailleurs y tutoya le ciel de son violon, exprimant en quelques coups d’archet toute la virtuosité d’une cité peut-être sans rivale.

Hotel Bristol Palace

Idéalement placé à quelques dizaines de mètres de la piazza de Ferrari, centre névralgique de Gênes, limite entre le cœur médiéval et la ville nouvelle, érigée au XIXe siècle, le Bristol a le charme assoupi des Années folles. En sus de son escalier hypnotique, couronné d’une verrière à motifs floraux, l’hôtel possède une fort belle salle dédiée au petit déjeuner. Plafond orné de dorures rococo, peintures animalières où chameaux et éléphants se prélassent, personnel stylé. Nec plus ultra, le bow-window qui abrite trois tables rondes. C’est là qu’il faut s’installer pour goûter à la perspective de la via XX-Settembre, dont les façades éclectiques enchantent. Les chambres sont confortables et certaines suites possèdent une petite terrasse offrant une vue spectaculaire sur les toitures génoises. Pour toutes ces bonnes raisons, le Bristol fait un carton.

Hotel Bristol Palace

Via XX-Settembre 35.
Tél. +39 010 59 25 41.

www.hotelbristolpalace.it
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Humeur sportive

Carnet d’adresses

Varsovie double page

Pâtisseries

Dans ce domaine, la concurrence est rude. Les pâtisseries-salons de thé ont souvent des allures de bonbonnières élégantes.

Pasticceria Liquoreria
Marescotti di Cavo

Une institution inaugurée à la fin du XVIIIe siècle, où l'on pourra bien sûr s'arrêter.

Via di Fossatello 35r e 37r.
Tél. +39 010 209 12 26.

www.cavo.it

Caffè Pasticceria Mangini

Mon conseil. C'est là que Sandro Pertini, futur président de la République italienne (1978-1985), venait rédiger ses articles quand il n'était encore qu'un journaliste du quotidien Il Lavoro. Une salle lui est dédiée. On y dégustera, avec un frisson de bonheur, les africani, petits choux à l'origine fourrés au chocolat. Rose, jaune ou vert, ils ont des allures de confettis jetés sur les boiseries de cet établissement vénérable.

Piazza Corvetto 3r.
Tél. +39 010 56 40 13.

Grignoter

Eataly

On conseillera encore de faire ses emplettes alimentaires chez Eataly. Ce petit supermarché chic offre aussi une restauration rapide au comptoir. Valeur montante, la mini-chaîne ouvre des antennes un peu partout. Pesto, fromages, charcuteries…

Calata Cattaneo 15, Porto Antico.
Tél. +39 010 869 87 21.

www.eataly.net

Glaces

Antica Gelateria Guarino

Glace à la ricotta ou encore aux amandes et citron. Situé au sommet de l'ascenseur qui conduit à la terrasse de Spianata Castelletto, la plus belle vue de Gênes, ce glacier rafraîchit la gorge et enflamme les yeux.

Via Cesare Crosa di Vergagni 25r.
Tél. +39 010 251 08 10.

Antica Gelateria Amedeo

Les amateurs de cornets, désireux de les savourer dans les embruns, pourront gagner le petit village de Boccadasse. Là, l'Antica Gelateria Amedeo leur livrera la crème des délices, glace au nougat, au chocolat et à la fleur de lait.

Piazza Nettuno 7r, Boccadasse.
Tél. +39 010 376 01 44.

Restaurants

Antica Osteria di Vico Palla

Là, dans une atmosphère de taverne, ambiance décontractée, saveurs en rafales, murs bas et cuisines exhalant des bouffées de vapeur, on dégustera toutes les spécialités liguriennes : fritures d'aubergines et autres verdures, poissons, ragoût… Réservation indispensable.

Vico Palla 15r.
Tél. +39 010 246 65 75.

www.osteriadivicopalla.com

Ristorante San Matteo

Autre bonne adresse. Tenu par deux sœurs et leur mère, attenant à Migone, une ancestrale boutique de vins et spiritueux, l'établissement reçoit en priorité des habitués désireux de goûter une cuisine bourgeoise. Point de pizza, peu de pâtes (si ce ne sont des raviolis aux oursins), mais de la bonne cuisine ligure.

Piazza San Matteo 6r.
Tél. +39 010 247 32 82.

www.ristoranteenotecamigone.it

Les Rouges

Plus chic et plus design. Ce bar-restaurant mené par trois frères roux a pris ses aises dans un ancien palais magnifique. Les plafonds aux fresques rose décrépi sont un croisement des toiles de Garouste et Willem de Kooning. Un ravissement.

Piazza Campetto 8a, 1er étage.
Tél. +39 347 907 46 64.

www.lesrouges.it
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Chaque jour, AIR FRANCE dessert Gênes par 3 vols au départ de Paris-CDG.

Chaque jour, KLM dessert Gênes par 1 vol au départ d'Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Gênes-Christophe
Colomb.
À 7 km.
Tél. +39 010 60 151.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l'aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France :
Tél. 3654.

— Depuis l'étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

LOCATION DE VOITURES

Hertz, à l'aéroport.
Tél. +39 010 60 12 525.
www.airfrance.fr/cars

À LIRE

Gênes Gallimard, coll. Cartoville.
Gênes City Guide
Louis Vuitton.

Italie du Nord Gallimard, coll. GEOGuide.
Italie Gallimard,
coll. Les guides culturels.

Italie Lonely Planet.

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