Les hommes de Rio

Les hommes
de Rio

Le podium du golf mondial n’a jamais été aussi juvénile. Jason Day, Jordan Spieth et Rory McIlroy sont les fiers représentants d’une génération exceptionnelle, qui voudra début août affirmer sa suprématie aux jeux Olympiques.

La confiance d’un père devrait toujours être récompensée. Quand son fils avait 16 ans, celui de Rory McIlroy avait parié qu’il gagnerait le prestigieux British Open dans la décennie à venir. Rory avait 25 ans et deux mois lorsqu’il a exaucé le vœu paternel. S’il a un peu tardé à régner sur le plus vieux tournoi du monde, le sportif nord-irlandais avait déjà triomphé en grand chelem par trois fois, la première à 22 printemps. Il est devenu en 2012 le plus jeune no1 mondial depuis le début du règne de Tiger Woods, au siècle dernier. Le golf, plus que tout autre, est pourtant un sport à maturation lente. Très lente. Le cliché est désormais suranné. Avec Rory McIlroy, l’Américain Jordan Spieth (22 ans) et l’Australien Jason Day (28 ans), qui jouent aux chaises musicales sur le trône mondial depuis près de deux ans, cette discipline est désormais entrée dans une nouvelle ère. Jamais le podium planétaire n’avait été si vert. Avec ce trio-là, on en a peut-être pris pour vingt ans. Qui s’en plaindrait ? Durant sa longue hégémonie, Woods a peut-être manqué d’une réelle concurrence, malgré les efforts de Phil Mickelson notamment. La rivalité entre les trois hommes rappelle déjà celle qui a opposé dans les années 1960 trois mythes de ce jeu, surnommés le «Big Three» : Arnold Palmer, Jack Nicklaus et Gary Player, 34 titres du grand chelem au total.

Entraînement au XXIe siècle

«C’était une autre époque, un autre jeu, avec des bois en bois. Mais ces joueurs-là ont dominé leur temps comme Spieth, McIlroy et Day pourraient le faire», prédit Jean Van de Velde, ancien n°1 français. Il est entré malgré lui dans la légende de ce sport lors du British Open en 1999, en gaspillant une avance abyssale de quatre coups lors d’un dernier trou dramatique. Il avait 33 ans lorsqu’il a atteint le sommet de sa carrière, bien loin de la précocité des trois jeunes loups qui ont pris le pouvoir.

Il explique l’émergence hâtive de ces talents au plus haut niveau par des évolutions radicales des usages depuis trente ans. Forçats du practice, ils y ajoutent tous des heures de lever de fonte ou une hygiène de vie impeccable qui n’étaient pas forcément au menu des champions d’autrefois. À force de presque tout maîtriser, il n’y a que les aléas de la vie pour venir détraquer ces machines à swinguer si juste et si fort. McIlroy a gâché sa dernière saison en se fracturant la cheville en jouant… au foot. Par contre, Jason Day est sorti d’une spirale autodestructrice encore plus précoce que son talent grâce au golf et à la lecture de la biographie de Tiger Woods. Il n’avait pas 15 ans. «Ils ont tous des aptitudes naturelles exceptionnelles et ils s’entraînent comme des pros très jeunes. Et avec un niveau amateur jamais vu, ils deviennent très vite très compétitifs», explique Van de Velde.

Les mystères de la gloire

Lui achevait sa carrière quand McIlroy et Day ont commencé la leur. Il a vite constaté l’étendue de leur talent. «Pourquoi Mozart était un génie ? Personne n’a la réponse. Ces trois-là sont des génies du golf, tout simplement», poursuit Van de Velde. Début avril, au Masters d’Augusta, première levée du grand chelem, Jordan Spieth a connu une mésaventure similaire à celle de l’ancien golfeur français. Son troisième Majeur – qui aurait fait de l’Américain le plus jeune joueur de l’histoire avec un tel palmarès – était presque en poche avant un insensé passage à vide. Même les génies ont leurs mauvais jours.

On dit souvent cela de Victor Dubuisson, 26 ans. Le meilleur joueur français possède un don unique dans l’histoire du golf hexagonal. Habitué des coups d’éclats rayonnants, il lui arrive trop souvent de retourner dans l’ombre pour prétendre aux mêmes sommets que l’infernal trio. «C’est un joueur de la trempe des plus grands. Il n’aime pas les projecteurs et il faut lui laisser du temps. Des Majeurs, il va en jouer à perpète», jure Van de Velde. Aux Masters, il était accompagné de l’autre promesse du golf tricolore, Romain Langasque, 20 ans. L’histoire ne dit pas encore si son père a parié sur ses futurs succès.

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