Tony Estanguet

Le cascadeur
des cascades

Tony Estanguet lors des jeux Olympiques de Londres, en 2012.

Tony Estanguet lors des jeux Olympiques de Londres, en 2012.

Le céiste partage avec Bernard Lapasset, ancien dirigeant de World Rugby, la présidence de Paris 2024.

Le céiste partage avec Bernard Lapasset, ancien dirigeant de World Rugby, la présidence de Paris 2024.

Prodige du canoë français, le Palois Tony Estanguet a écrit l’une des plus belles pages de ce sport en eau vive, avant de déposer définitivement les pagaies en 2012. Triple médaillé olympique et triple champion du monde, à 38 ans, le jeune retraité tourne désormais son énergie vers le futur. Ce mois-ci, il ajoute une nouvelle victoire à son palmarès : sa ville natale accueille la Coupe du monde de canoë, un projet que le céiste a porté avec toute sa conviction.

Il trône tout en haut de l’Olympe, sans métaphore, mais avec modestie. Seul athlète français – et l’un des rares au monde – à avoir remporté 3 médailles d’or lors de 3 Jeux différents dans la même discipline, Tony Estanguet, 38 ans depuis quelques semai-nes, triomphe dans l’eau comme sur terre. Le pied sûr et la tête froide. Homme de sans-fautes, ce Béarnais a grandi dans une famille de sportifs, où les ancêtres maternels étaient bergers, et paternels, agriculteurs. Avec un père, Henri, trois fois vice-champion de France de kayak, et deux frères, Aldric et Patrice, fous de canoë, dont le deuxième entendra la Marseillaise aux JO d’Atlanta en 1996, quatre ans avant son cadet. «Nous étions attachés à la terre, et les sports de nature nous attiraient, raconte ce Palois. J’ai chaussé les skis à 3 ans, décroché mes premiers dossards de compétition à 6. Petit dernier de la fratrie, je voulais imiter mes aînés.» Comme eux, il s’essaie au canoë, à 6 ans, sur le gave de Pau, à la base du Pont-d’Espagne, dans le club créé par son père. Tous les étés, la tribu bivouaque près des plages, les canoës dans la caravane. Parapente, VTT, escalade, ski alpin, ski de fond, père et fils ne tiennent pas en place. «Ma mère, elle, ne pratiquait pas. Mais elle nous regardait. Ce qui freinait un peu nos excès», se souvient Tony Estanguet. Les milliers d’heures passées à observer Aldric et Patrice dans les rapides lui feront gagner un temps précieux quand viendra son tour de manier la pagaie.

Surdoué dans l’eau, passionné de technique, le futur triple champion du monde n’en oublie pas pour autant l’école : «J’ai vite compris qu’être sérieux en cours me permettrait de faire ce que je voulais.» Pari tenu. Bac S, faculté de Toulouse (où il rencontre son épouse, ancienne skieuse de fond de haut niveau), professeur de sports à l’Insep, Tony Estanguet s’est ouvert une voie royale pour se lancer à fond dans la compétition. Le jeune homme rêve déjà des JO, regardés à la télévision en 1988 : «J’étais fasciné par la beauté du geste, la concentration et le suspense de chaque course. Tant d’années de préparation qui se jouent en quelques secondes…» En 1992, toute la famille se rend à Barcelone pour voir les Jeux – le canoë y fait cette année-là son retour comme sport olympique. Un déclic pour Tony, plongé dans la magie d’une ambiance effervescente. Quatre ans plus tard, à Atlanta, Patrice remporte le bronze et revient à Oloron-Sainte-Marie en héros. Le tour du cadet arrivera très vite, dans un contexte affectif tendu : une seule place est disponible en équipe de France, disputée par les deux frères. Tony Estanguet empoche à l’arrachée son billet pour Sydney. «La course la plus difficile de ma carrière.»

Entraîné par l’exemple de son aîné, le céiste ne néglige rien : physique, mental, technique, pour réussir ses premières Olympiades, tant la pression est forte de ne pas décevoir son clan. L’apprenti champion, inconnu des médias, enfile un costume pour la première fois de sa vie, indispensable à la cérémonie d’ouverture, et doit demander de l’aide pour nouer sa cravate. Deux jours plus tard, il court et gagne, avec trois secondes d’avance sur le Slovaque Michal Martikán, son rival pendant toute sa carrière. Et conserve son titre quatre ans plus tard.

La mécanique s’enraie à Beijing. Porte-drapeau de l’équipe de France, le Palois finit 9e, sans atteindre la finale. «Je n’écoutais plus personne, confie-t-il. Je l’ai payé cash.» La claque lui sert de leçon. Le double médaillé d’or choisit de tenter le triplé, en repartant de zéro, lors de courses régionales. Et réfléchit déjà à l’après, en envisageant une candidature au Comité international olympique (CIO). Double victoire aux jeux Olympiques de Londres, en 2012 : 3e médaille d’or et une élection au CIO. Puis une autre victoire, avec l’organisation des championnats du monde à Pau, un dossier que le Béarnais a personnellement défendu. Aujourd’hui, Tony Estanguet se bat pour la candidature de Paris 2024. Et regarde naviguer son fils aîné, 8 ans. La dynastie continue.

 

LA COUPE DU MONDE DE CANOË À PAU

Du 16 au 19 juin, le stade d’Eaux Vives Pau-Pyrénées accueille la Coupe du monde de canoë-kayak, ultime étape avant Rio. Dirigé par Tony Estanguet, cet événement est la dernière occasion de voir à l’œuvre les athlètes tricolores sélectionnés pour les JO 2016, en slalom. Tony Estanguet s’est beaucoup impliqué pour permettre à la France d’accueillir tour à tour la finale de la Coupe du monde en 2015, l’étape préolympique de la Coupe du monde cette année et les Championnats du monde en septembre 2017, à Pau.

© Mathieu Martin Delacroix © KMSP / Paris 2024 - Mathieu Martin Delacroix

Christelle Kocher

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