Mouvement du chronographe à rattrapante adopté aux JO de 1932.

Dompteurs
de temps

Mouvement du chronographe à rattrapante adopté aux JO de 1932.

Caisses scellées de matériel de chronométrage en partance pour Rio.

Caisses scellées de matériel de chronométrage en partance pour Rio.

Cloche olympique, fondue à La Chaux-de-Fonds.

Cloche olympique, fondue à La Chaux-de-Fonds.

Alain Zobrist, P-DG de Swiss Timing.

Alain Zobrist, P-DG de Swiss Timing.

Race End Timer, ancêtre de la technologie du photo-finish.

Race End Timer, ancêtre de la technologie du photo-finish.

Le système de photo-finish Scan’O’Vision Myria, captant 10 000 images/seconde, sera utilisé à Rio.

Le système de photo-finish Scan’O’Vision Myria, captant 10 000 images/seconde, sera utilisé à Rio.

Stephen Urquhart, ancien président emblématique d’Omega.

Stephen Urquhart, ancien président emblématique d’Omega.

L’Omegascope innove par l’affichage des temps réels sur les écrans de TV dès 1961.

L’Omegascope innove par l’affichage des temps réels sur les écrans de TV dès 1961.

Réédition limitée d’un chronographe à rattrapante de 1932.

Réédition limitée d’un chronographe à rattrapante de 1932.

Entrepôts de Swiss Timing à Corgémont, en Suisse.

Entrepôts de Swiss Timing à Corgémont, en Suisse.

Chronométreurs officiels des jeux Olympiques de Rio, Omega et Swiss Timing, complices dans l’arène de l’ultraprécision sportive, dévoilent pour la première fois les coulisses de cette aventure technologique. Plongée exclusive dans l’univers des millisecondes.

Swiss Timing, la cellule du sport

Née en 1972 de la fusion des départements de sport d’Omega et de Longines, l’entreprise chronomètre chaque année 500 événements sportifs, mandatée par les différentes marques du Swatch Group, auquel elle appartient. À l’instar d’Omega, que les experts de Swiss Timing accompagnent dans sa mission de chronométreur officiel des jeux Olympiques, confirmée jusqu’en 2020.

Situé dans la vallée de Saint-Imier, au cœur du Jura bernois, à Corgémont, son siège honore sa réputation d’avant-gardisme et de fiabilité. Quarante-cinq métiers, experts en électronique, spécialistes des fréquences, ingénieurs informaticiens s’y emploient, 25 brevets actifs en témoignent. Garantir que la mesure et la transmission des données sont effectuées par les bonnes technologies s’apprend sur le terrain, tout comme la gestion du stress considérable qu’une telle responsabilité engendre. Une finale du 100 m réunit par exemple 1,5 milliard de téléspectateurs. Arrivé deux heures avant le début de l’épreuve, chaque expert, habillé aux couleurs d’Omega, gère l’appareil qu’il a lui-même développé et installé. À lui seul, l’athlétisme requiert 30 personnes pour couvrir simultanément les différentes disciplines. «Moins on parle de nous, mieux c’est», assure le P-DG de Swiss Timing, Alain Zobrist. Cette discrétion, partout cultivée dans l’entreprise, ne doit pas faire oublier les exploits des équipes œuvrant dans l’ombre. À commencer par la fulgurance des résultats qu’elles délivrent : entre la mesure d’un temps et son affichage, il s’écoule aujourd’hui moins de cent millisecondes.

Destination : Rio

Déployés sur quatre sites, Copacabana, Maracanã, Barra et, à l’intérieur des terres, Deodoro, les jeux Olympiques accueilleront le 5 août prochain 10 500 athlètes venus de 206 pays pour concourir dans 28 disciplines, durant quinze jours. Un tel événement équivaut à chronométrer 28 championnats du monde… à une différence notable : les Jeux n’autorisent pas les ex aequo. Pour cela, 480 experts du chronométrage sont mobilisés – les premiers arrivent trois ans en amont, les tests commencent douze mois avant. Aidés de 850 volontaires, ils vont installer 450 tonnes de matériel, expédié par bateau depuis la Suisse en caisses scellées. Cent cinquante kilomètres de câbles et fibre optique, 30 Omega Quantum (symboles de la nouvelle génération d’instruments de chronométrie), 1 500 m2 d’écrans plasma haute résolution vont ainsi permettre de chronométrer, traiter et afficher les données – 1,5 millions ont été transmises aux Jeux de Londres. «Chronométrer au mieux les Jeux comporte une dimension émotionnelle, car nous sommes également là pour faire rêver les gens», conclut-on chez Omega, alors que les premières caisses embarquent pour le Brésil.

Huit décennies à la pointe

1932. Les jeux Olympiques de Los Angeles sont exclusivement chronométrés par Omega. Pour l’occasion, l’horloger suisse apporte 30 chronomètres homologués par l’Observatoire de Neuchâtel, capables de donner une performance au 1/10e de seconde. Débute alors une formidable aventure dans la mesure du temps, ponctuée d’appareils et de systèmes de plus en plus pointus, mis au service des juges, seuls décisionnaires. Utilisées dès 1948, les premières cellules photoélectriques compactes indépendantes marquent la naissance de la chronométrie moderne, qui franchit un nouveau cap avec la première caméra capturant 2 000 images/seconde. Il faut alors 90 minutes pour développer les images du photo-finish, terme consacré en 1952.

Aujourd’hui, la caméra numérique Myria saisit 10 000 images/seconde pour figer la ligne d’arrivée à des temps différents, permettant de déterminer exactement l’ordre des sportifs, quelle que soit la distance les séparant, de manière à donner le classement quinze secondes seulement après la fin de l’épreuve. Nourrie d’étroites concertations avec les fédérations, cette quête de la précision répond aux strictes règles de chacune. Le cyclisme sur route se mesure à la seconde, sur piste au 1/1 000e, le temps se prend sur l’avant de la chaussure au triathlon, sur l’axe de la roue au contre-la-montre, au niveau du torse en athlétisme… Autant de subtilités qu’Omega doit maîtriser pour garantir à chaque athlète le bon temps et le bon rang.

Des athlètes connectés

Au fil des compétitions, le nombre de juges autour des concurrents s’est réduit, augmentant la sérénité des sportifs. Les cellules photoélectriques dernière génération ont ainsi mis fin aux 32 juges présents sur la ligne d’arrivée en athlétisme. Fruit de sept ans de développement, les nouveaux starting-blocks électroniques, faits d’une seule pièce et mesurant le temps de réaction à 1/100 000e seconde, possèdent désormais un haut-parleur individuel, gage d’équité entre les compétiteurs dans l’entente du signal de départ. Appliqué aux plongeoirs, ce système de haut-parleur s’ajoute aux plaques de touche permettant au nageur de stopper lui-même son chronomètre, supprimant ainsi les juges près du bassin.

La conquête du temps réel

Introduit en 1961, l’Omegascope représente une véritable révolution. La projection directe du temps sur la caméra permet en effet au téléspectateur de voir le chronométrage de chaque concurrent en live. Couleurs, effets 3D, graphismes, vidéos puis animations perfectionnent ensuite ce partage des données – le tableau d’affichage en caractères chinois à Beijing en 2008 était une première. Avides de données, les médias ont parfois de folles demandes. À l’instar de cette chaîne de télévision exigeant des temps intermédiaires pour chaque mile du marathon, en plus des traditionnels pointages aux kilomètres, contraignant une équipe à faire 28 saignées sur la route dans la nuit pour y loger des antennes de réception ! Placés dans les dossards des athlètes, les transpondeurs fournissent eux aussi des temps intermédiaires dont sont friands Internet et autres applications numériques. Quant aux GPS de localisation placés sur les bateaux, ils offriront aux spectateurs de Rio des reconstitutions virtuelles des régates.

Centre de dressage d’Aubenhausen, en Bavière.

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L’accord
parfait