Cape Point, l’extrémité de la péninsule du Cap.

Paysages
intérieurs

Cape Point, l’extrémité de la péninsule du Cap.

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L’écrivain et poétesse Sindiwe Magona.

Près de Noordhoek, sur la côte ouest de la péninsule du Cap.

Près de Noordhoek, sur la côte ouest de la péninsule du Cap.

L’emblématique parc Kruger, au nord-est du pays.

L’emblématique parc Kruger, au nord-est du pays.

Dalmon Galgut, l’une des grandes plumes de la littérature post-apartheid.

Dalmon Galgut, l’une des grandes plumes de la littérature post-apartheid.

Parc Kruger, la plus grande réserve animalière du pays.

Parc Kruger, la plus grande réserve animalière du pays.

Le romancier flamand Tom Lanoye vit et écrit une partie de l’année en Afrique du Sud.

Le romancier flamand Tom Lanoye vit et écrit une partie de l’année en Afrique du Sud.

Le promontoire de Cape Point, à 2 km à l’est du cap de Bonne-Espérance.

Le promontoire de Cape Point, à 2 km à l’est du cap de Bonne-Espérance.

Michéle Rowe, scénariste de renom et auteur d’un polar, sur la plage de Long Beach, à Noordhoek.

Michéle Rowe, scénariste de renom et auteur d’un polar, sur la plage de Long Beach, à Noordhoek.

Sur la corniche de Chapman’s Peak Drive.

Sur la corniche de Chapman’s Peak Drive.

Zèbres, lions, éléphants, léopards, rhinocéros, buffles, impalas… près de 150 espèces de mammifères sauvages peuplent le parc Kruger.

Zèbres, lions, éléphants, léopards, rhinocéros, buffles, impalas… près de 150 espèces de mammifères sauvages peuplent le parc Kruger.

Partie à la rencontre d’écrivains sud-africains, la romancière Florence Noiville explore avec eux les résonances infinies et mystérieuses entre les chemins de l’imaginaire et la nature magnétique de la pointe de l’Afrique.

«Là, Rhino !»

Le chauffeur n’a même pas crié. Il a juste dit : «There, Rhino». Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Et ça l’était d’ailleurs, la nature à l’état pur. Ça faisait longtemps qu’on roulait mais on venait d’entrer dans la réserve de MalaMala qui touche le parc Kruger, à la frontière du Mozambique. Comme le jour tombait, je ne l’ai pas vu tout de suite. Mario, le photographe, avait déjà son vieux Rolleiflex au poing. En fait, ils étaient deux. Un couple sans doute. Paisible. On est resté là, à les contempler un moment. Le chauffeur nous racontait les braconniers et le cours de la corne –  la fameuse corne de rhinocéros réputée aphrodisiaque. «Je ne comprends pas comment on peut en arriver là», a dit Mario. «8 000 dollars le kg…» a répondu le chauffeur. Puis il a remis le contact et on est reparti. Dans le faisceau des phares, un festival. Des impalas – un genre de petites antilopes très gracieuses – s’enfuyaient devant nous. Elles sautaient si haut qu’on aurait dit qu’elles volaient. Des zèbres pilaient puis partaient au galop. Ça détalait de partout. Des koudous, des zèbres encore, des hippopotames. Et ce n’était qu’un début.

Les jours suivants, dans la lumière très blanche de l’aube, on allait tomber sur des lionnes et leurs lionceaux, un léopard, une girafe se désaltérant dans une flaque miroitante… Mais ce soir-là, le premier, resterait gravé dans nos mémoires. «There, Rhino». Il faisait doux. Le ciel prenait des couleurs incroyables. C’était donc ça la savane. Le bush, comme on dit ici. Une terre pâle et sablonneuse, des buissons d’épineux, des arbres secs dressant leurs branches vers le ciel comme des sculptures… On se serait cru dans un film ou un dessin animé.

«L’odeur de l’orage qui s’annonce»

Car c’est cela qui remonte dans ce décor, l’enfance. En en parlant avec l’écrivain sud-africain Damon Galgut, j’ai compris qu’il ressentait la même chose. Il s’est mis à me raconter comment les paysages d’Afrique du Sud étaient intimement liés à la littérature de son pays. Pas seulement chez les grands anciens, Nadine Gordimer, André Brink ou J. M. Coetzee. Mais chez toutes les générations, et chez lui en particulier. «Quand j’étais petit, on allait souvent au Kruger pour les vacances. En route, on s’arrêtait toujours au Blyde River Canyon avec ses vallées vertigineuses à perte de vue. C’était ma halte favorite dans la province du Mpumalanga. Rien que d’en parler, j’ai envie d’y retourner. Mais le Kruger, c’est encore autre chose. Une vision de l’Afrique “comme avant”. Toute mon enfance a été marquée par ces lieux. Les parfums de la cuisine la nuit sur les feux de bois, la chaleur au-dessus des trous d’eau, l’odeur de l’orage qui se prépare, la morsure d’une épine… Et puis le temps, le temps très lent que l’on mesure aux mouvements des bêtes, à la course du soleil. Tout ça est naturel et irréel à la fois.»

Damon Galgut a vécu dans nombre d’endroits spectaculaires en Afrique du Sud. Dans le désert du Karoo, notamment, où il essayait d’écrire un livre, comme le héros de son roman L’Imposteur (éd. de l’Olivier). «Eh bien…, ça n’a pas marché. Cette terre nue, ces rochers qui saillent comme des os… je ne me sentais pas à l’aise. Dieu sait pourquoi certains lieux nous inspirent. Pourquoi ils résonnent avec notre paysage mental.» Dans le cas du bush, l’écrivain parle d’une «nostalgie». La nostalgie de quelque chose de très ancien. Et le ravissement. Le ravissement premier.


«Certains lieux nous inspirent, ils résonnent avec notre paysage mental.» Dans le cas du bush, l’écrivain parle d’une «nostalgie». La nostalgie de quelque chose de très ancien. Et le ravissement. Le ravissement premier.
 

«Attiré par une belle baleine comme Icare par le soleil»

On a quitté le nord pour l’extrême sud. Direction Le Cap. «Mer et montagne, montagne et mer. Ce mariage résume toute la péninsule», dit Sindiwe Magona, l’une des plus grandes plumes du pays. Magona parle de la beauté des paysages du Cap comme d’un don. C’est d’ailleurs le titre d’un de ses livres, Beauty’s Gift, qui se passe non loin de Muizenberg, dans False Bay, où elle a grandi. «À l’époque, nous allions à la plage à pied. L’endroit que je préfère aujourd’hui était interdit autrefois aux Noirs. Je l’ai découvert bien plus tard et j’en suis tombée amoureuse. Sans rancune ni colère. Juste de l’amour.»

Dans la région du Cap, chaque écrivain a sa plage mythique. Il n’y a que l’embarras du choix. Pour Michéle Rowe, c’est celle de Long Beach à Noordhoek. Arrivée à l’écriture après une carrière de scénariste, Rowe vient de publier en France son premier roman policier, Les Enfants du Cap (Albin Michel), qui lui a valu d’être la première femme sud-africaine à remporter le Debut Dagger Award, décerné en Angleterre par la prestigieuse Crime Writers’ Association. Marcherait-elle déjà sur les traces de Deon Meyer, le grand nom du polar sud-africain ? Elle rit. Pour l’instant, c’est sur la plage de Long Beach qu’elle marche avec Mario et moi. Elle nous entraîne vers deux rochers aplatis comme des sphinx. «C’est ici que commence le mystère au début de mon roman, dit-elle. J’avais envie que des secrets enfouis rôdent sous ce paysage idyllique… Avec ses 7 km de sable fin, Noordhoek est l’une des plus belles plages au monde. Quand je l’ai vue pour la première fois, depuis Chapman’s Peak Drive, j’en ai littéralement eu le souffle coupé.» Tom Lanoye n’est pas d’accord. Pour lui, c’est la baie d’Hermanus qui bat tous les records. «C’est là que les baleines reviennent chaque printemps faire l’amour. Une fois, j’en ai vu à moins de 100 m de la falaise où je me trouvais, muet et amoureux moi-même… Une autre fois, un touriste allemand a failli se noyer, attiré par une belle baleine comme Icare par le soleil.»

«Plus grande que mille cathédrales»

L’auteur de La Langue de ma mère (La Différence) est un écrivain sud-africain d’adoption. Flamand, il vit plusieurs mois de l’année au Cap. C’est là qu’il écrit le mieux. «Je n’ai aucun talent pour la religion. Mais il y a des paysages qui m’invitent aux prières lyriques», remarque Lanoye. Intarissable sur la montagne de la Table, la célèbre Table Mountain qui domine Cape Town, il parle d’un «autel cubiste», une «œuvre d’art classique en même temps qu’une installation contemporaine digne d’Anselm Kiefer». Quand il ne trouve plus les mots pour écrire, il ouvre la porte de son bureau et sort sur le balcon pour la contempler. «Elle est toujours là.» Muette inspiratrice. Déesse immobile. «Plus grande que mille cathédrales combinées.» Au-delà des métaphores, pourtant, les écrivains buttent tous. Comment expliquer – expliquer vraiment – qu’un simple décor puisse façonner notre manière profonde d’être, de voir, de sentir ? Et aussi nous transporter, c’est-à-dire nous mettre en mouvement et nous donner envie d’écrire ? Qu’importe, semblent dire les auteurs africains. Il faut accepter de ne pas comprendre. Et chérir ce trésor. Humblement. «J’ai la ferme certitude, qu’en dépit des humains – de leur fragilité, de leurs erreurs, de leur stupidité… – l’univers est beau, abondant, sans limite, conclut Sindiwe Magona. Nous ne sommes qu’une infime parcelle de ce tout, même si nous contribuons à son énergie. Voilà ce qu’il faudrait que nous nous rappelions. Que nous nous rappelions toujours.»

Lieu d’écriture

J’ai toujours rêvé d’écrire dans un phare. Hauteur, lumière, solitude. Celui de Cape Point est le plus romantique de tous. Parce que c’est à ses pieds que se mêlent l’Atlantique et l’océan Indien. Parce qu’on peut s’imaginer là comme à la proue d’un navire – le «Vaisseau Afrique» – avec devant soi… rien. Rien jusqu’à l’Antarctique, quelque part derrière l’horizon, à 6 000 km ! Et puis ce phare a une histoire. Construit à la fin des années 1850, sous le règne de Victoria, il s’est avéré trop haut. Il était souvent perdu dans la brume. Les bateaux ne le voyaient pas. Alors, après le naufrage du Lusitania (1911), on en a bâti un autre. «Mon» vieux phare a cessé de fonctionner. Aujourd’hui, repeint de neuf, en noir et blanc, il semble sur son 31 bien que désaffecté. C’est cela qui m’attendrit. Il me fait penser à l’art, à la littérature. Quelque chose de très beau et qui ne sert à rien.

Rattray’s on MalaMala

Le mieux est d’arriver le soir. À la nuit tombée, dans la lueur des torches, Rattray’s est magique. Un ranger vous accompagne jusqu’à votre lodge, une somptueuse villa individuelle dans le plus pur style colonial. Un remake d’Out of Africa ? Non, car tout ici – du mobilier acajou à la piscine de pierre noire en passant par le moindre objet artisanal –, tout est d’un goût parfait. Un grand moment : le thé à l’aube, sur l’immense terrasse dominant la Sand River. C’est l’heure où les bêtes viennent boire, tandis que le soleil se lève, juste avant le départ pour le safari.

Rattray’s on MalaMala

MalaMala Game Reserve. Tél. + 27 (0)11 442 2267.

www.malamala.com

Belmond Mount Nelson Hotel

En plein cœur du Cap, à quelques pas de la National Gallery, Mount Nelson Hotel est d’abord un parc somptueux. Botanique presque, tant les fleurs y foisonnent. Sous les palmiers et les jacarandas, la piscine chauffée, épicentre de ce jardin d’éden, est irrésistible après une partie de tennis. Les vastes suites sont décorées dans un style british, classique et confortable. Autre point fort de l’adresse, le high tea, avec pâtisseries à profusion, servi sous la véranda ouvrant tout grand sur ce bain de verdure.

Belmond Mount Nelson Hotel

76 Orange Street. Tél. +27 (0)21 483 1000.

www.belmond.com/mount-nelson-hotel-cape-town
journal en images de Robert Wilson, Bali, Indonésie

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Journal en images de Robert Wilson, Bali, Indonésie

Carnet d’adresses

Belmond Mount Nelson Hotel

76 Orange Street. Tél. +27 (0)21 483 1000.

www.belmond.com/mount-nelson-hotel-cape-town

Rattray’s on MalaMala

MalaMala Game Reserve. Tél. + 27 (0)11 442 2267.

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S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Chaque semaine au départ de Paris-CDG, AIR FRANCE dessert Johannesburg par 7 vols, Le Cap par 3 vols.

AIR FRANCE dessert Le Cap (via Johannesburg) par 5 vols en partage de codes avec Comair.

Chaque semaine, KLM dessert Johannesburg et Le Cap par 7 vols au départ d'Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

— Aéroport de Johannesburg
À 22 km.
Tél. +27 (0)11 921 6911/6262.

— Aéroport du Cap
À 20 km.
Tél. +27 (0)21 937 1275.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

Aux aéroports.

RÉSERVATIONS

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Tél. +33 (0)892 70 26 54.

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Hertz, aux aéroports :

— de Johannesburg
Tél. +27 (0)11 659 2103.

— du Cap
Tél. +27 (0)21 935 3000.
www.aifrance.fr/cars

ORGANISER SON SÉJOUR

Hylton Ross.
Tél. +27 (0)13 737 7115.
www.hyltonross.co.za

À LIRE

Florence Noiville a notamment
publié L'Attachement et
L'Illusion délirante d'être aimé

(Stock), et pour enfants, Bébé
Jules qui ne voulait pas naître,

un album illustré par Alice
Charbin (Gallimard Jeunesse).

Afrique du Sud Gallimard,
coll. Bibliothèque du voyageur.

Afrique du Sud Gallimard,
coll. Mode d'emploi.

Afrique du Sud, Lesotho
et Swaziland Lonely Planet.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle